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code EAN :
9782351220658


Parution : 13/03/2018
format 13x20
128 pages
11 euros
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Appel au possible

André Bonmort

«Je me souviens distinctement de la façon dont tout a commencé, il y a pourtant une éternité.»
La mémoire de l’Univers la plus enfouie s’éveille dans l’homme d’aujourd’hui. Renouant avec lui un dialogue orageux au-dessus de la béance du temps, elle dénonce les excès de «l’espèce-reine» et pointe la dérive d’un destin dangereusement emballé.
«La planète elle-même, la fragile pépite délicatement posée sur sa miraculeuse orbite, la planète vacille, son bleu légendaire insensiblement vert-de-grise. Déjà dans les galaxies alentour circulent en glaçants courants d’air les miasmes d’une insidieuse décomposition.»
Face à la menace montante de l’extinction, se pose comme seul recours l’appel à l’évolution et s’impose une mutation radicale: «Changer d’ère!»

«L’évolution est un pari sur la chance, et la chance est un travail de tous les instants.»

Nouvelle édition à paraître le 13 mars

André Bonmort est également l'auteur de L'Âge de cendre, Insurrection du verbe être, La Guérilla des poètes, La Citadelle Espérance et Ils ont tué l'albatros, parus dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver. Déplorant les méfaits de la pensée dominante, il tente à travers ses livres de contribuer à réhabiliter la solidarité du vivant.

 

Extrait :

Ta voix… Chant clair de l’enclume de terre sur laquelle le burin du jour façonne les hommes. Lancinant tocsin du pilon qui va bientôt les broyer…

Ta voix… Alizés, ouragans, vents doux, vents violents, ils puisent à la même source leurs soupirs et leurs imprécations…

Ta voix… Clameur persistante de l’eau qui s’étend, s’étire et ne rompt jamais. Courants hésitants qui moutonnent, puis se reconnaissent et s’absorbent, fusionnent dans un vibrant anonymat…

Elle rappelle qui l’on est, et tout ce que l’on n’est pas, et combien, pour notre maigre aboutissement, il aura fallu de majestueux déchets…

Elle est comme un salut, comme un merci venus de très loin: du plus profond de la glande pinéale, du plus obscur du cerveau reptilien…



Je me souviens distinctement de la façon dont tout a commencé, il y a pourtant une éternité.

Tout a commencé par cette couleur qui lentement se déployait à partir d’un centre minuscule. Une couleur «pétante», dirait-on à présent. Un rouge cru. Un rouge sang, le même précisément qui irrigue les innombrables organismes fermés constituant aujourd’hui ma partie réputée la plus évoluée.

Mais à l’époque, dans cet étroit commencement, j’ignorais tout du problématique devenir de cette couleur pétante qui en moi se déroulait et que j’observais du dehors se déroulant. J’étais simplement consciente qu’un lien singulier nous unissait, j’étais à la fois son environnement et sa plus intime substance, par l’effet de cette troublante capacité de dédoublement que j’ai expérimentée dès mon premier instant.

Premier instant n’étant pas le terme véritablement approprié: je sentais confusément que si quelque chose commençait par ce filet rouge sang s’organisant insensiblement en spirale, dans le même instant quelque chose d’autre, quelque part, finissait. Et finissait dans cette même couleur rouge sang.

Mais je n’avais pas la mémoire de ce quelque chose qui finissait, juste un pressentiment. Comme si je venais de traverser cet état mal défini que l’on nomme la mort, par défaut. Voilà: j’émergeais confusément d’une sorte de mort; je pressentais que quelque chose avait fini dans cette couleur rouge sang; je voyais quelque chose d’autre commencer par cette même couleur rouge sang et j’avais conscience de m’identifier à ce quelque chose qui commençait, c’était moi. Comme seraient moi, une éternité plus tard, les innombrables organismes individualisés dans lesquels ce même sang circulerait en circuit fermé. Comme seraient moi la griffe, le croc, la lame, la balle qui fréquemment s’en viendraient ébrécher l’un de ces circuits. Comme serait moi l’hémorragie qui s’ensuivrait. Comme serait moi cet état mal défini – la mort, appelons-la ainsi – qui souvent succéderait à l’hémorragie.

Mon destin était explicitement inscrit dans ce minuscule filet rouge sang amorçant d’emblée une spirale qui me mènerait inéluctablement là où j’en suis désormais. Une spirale infernale. Mais bien sûr je l’ignorais.