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code EAN :
9782351221624


Parution : 14/03/2017
format 13x20
160 pages
13 euros
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Ils ont tué l'albatros

André Bonmort

XXIe siècle. La dictature du vacarme organisé régit la censure par le trop-plein et orchestre l’adhésion inconditionnelle au Grand Consensus.
Amoindrissement du sens critique et appauvrissement de la sensibilité produisent une langue décharnée, dévitalisée, la langue soumise indispensable à ce système pour prospérer à marche forcée.
Mais embusquée derrière cette parole sans âme, une autre langue persiste en nous, elle attend son heure, et parfois affleure.
Une émeute émotionnelle alors bouscule le langage, y ouvre des chemins inexplorés, agrandit nos territoires sensoriels, instinctuels, intellectuels. Elle est poésie, au sens le plus authentique, s’étonne d’elle-même, s’obstine au-delà du mot écrit, inscrit sa semence dans les plis de nos circonvolutions.
Car l’écriture créatrice participe du mouvement que sous-tend le processus du vivant.
 

André Bonmort publie ici son sixième titre aux éditions Sulliver. Ce texte peut aussi être lu comme un manifeste en faveur de la littérature telle que l’auteur la conçoit, celle qu’il défend comme éditeur à travers la collection Littératures actuelles. Cette collection qui s’est fixé comme objectif, contre toute raison, de ressusciter l’albatros.

 

Presse :

Aujourd'hui, la langue semble se réduire au spectaculaire, vide de convictions, de poésie et de sens critique. On ne parle pas assez de poésie, surtout si elle se fait résistante à l'appauvrissement de la langue, des images et de l'imagination.
Or voici qu'un texte, un manifeste plutôt, nous surprend par son écriture créatrice et son envie de bousculer les habitudes consensuelles de ce que l'on doit applaudir ou pas, aimer ou pas.
Christiane Passevant - Chroniques rebelles
 

Extrait :

Le génie est mort en son palais et sans lui qu’est-elle,
Sans lui elle s’étiole se racornit se paraphrase se parodie,
Revoit en rêve revit en nostalgie les dernières voluptés dont il l’avait gratifiée ces mots inégalables gravés dans le marbre par un vieux typo,
Se languit de lui tantôt prostrée muette quasi morte elle aussi
Tantôt trop volubile moulin à paroles emballé sans grain à moudre et brassant brassant du vent de ses ailes décharnées, le Don Quichotte le mieux intentionné ne saurait imaginer les bras d’un géant dans ces maigres voilures effilochées par les mauvaises bises où nul zéphyr ne chuchote,
Elle déparle s’étourdit radote s’exténue à masquer sous l’inextinguible babil sa fondamentale aphasie.

Et nous les tristes tâcherons
Orphelins démunis comme pris de court par sa mort dont nous sommes d’évidence les premiers responsables,
Nous autres gravant sans originalité dans un marbre sans caractère nos sempiternelles épitaphes au génie défunt,
Nous autres nous échinant malhabiles et mal inspirés à l’aider elle à surmonter cette perte insurmontable et la précipitant dans de nouveaux sanglots nouvelles contributions à sa plainte interminable
La lancinante lamentation dont les geignements outranciers les soupirs appuyés contaminent jusqu’au dernier les plus pérennes gisements de joie qu’elle avait su contre vents aigres marées acerbes préserver de leurs amours passées.

Faut-il la tuer elle aussi pour mettre fin à sa souffrance et à notre honte,
La trancher raide égorgée au détour suspendu d’une quelconque expression, égrenant dérisoire dans le tarissement inéluctable de son écoulement un ultime chapelet de prépositions avec l’espoir pour l’espoir à l’espoir depuis derrière devant l’espoir parmi jusque par l’espoir selon suivant l’espoir moyennant l’espoir dans l’espoir à jamais vain dorénavant de se raccorder à un nouveau complément
Nouveau prolongement lui permettant d’un tant soit peu se poursuivre, un tant soit peu se survivre ?

Faut-il la tuer ?