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code EAN :
9782351220863


Parution : 05/04/2012
format 13x20
160 pages
14 euros
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La guérilla des poètes

André Bonmort

Un monde où faim ne s’écrit plus que «malnutrition». Où misère ne s’écrit plus que «paupérisation». Où travail s’écrit «production», et amour «relation». Un monde où l’authenticité n’a plus sa place, où la poésie n’a plus droit de cité. Dans ce monde déshumanisé, la révolte des poètes couve, enfle, pour redonner aux mots leur véritable sens.
Dans nos subconscients, dans nos rêves, la résistance s’organise. Puisque les jours leur sont interdits, les poètes prennent possession de nos nuits. Cette insurrection souterraine met ses pas dans les empreintes des grands aînés: Rimbaud, Césaire, Artaud… Elle dresse un portrait sans concession de notre temps et s’ingénie à puiser de nouveau les mots à la source des émotions. S’efforce de retisser notre lien avec le monde, qui s’est tellement étiolé. Nous incite à reprendre possession de nos vies.

«La chance enfin donnée au pan spolié de l’esprit, la réhabilitation des sens comme instruments de connaissance.»

André Bonmort a également publié L’Âge de cendre, Insurrection du verbe être, Appel au possible et La Citadelle Espérance dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver au sein desquelles il s'attache également, en tant qu'éditeur, à donner la parole à la langue insoumise.

Presse :

Je ne pensais pas qu’un tel livre global puisse s’écrire à notre triste époque. Encore moins qu’il soit publié. […] mais la collection Littératures actuelles (Editions Sulliver) est sans nul doute la seule où ce texte fulgurant ait pu paraître. Juste et féroce diatribe, oraison jaculatoire, arme de guerre en même temps que rêve de paix, plainte douloureuse mais lucide et digne, La Guérilla des poètes n’appartient à aucun genre connu. Je veux dire: répertorié. C’est précisément du poème qu’elle se rapproche le plus. Encore conviendrait-il de donner de ce terme une définition satisfaisante qui n’ait rien à voir avec celle des manuels scolaires, des universités officielles ou de la critique encartée.
Jacques Lovichi - La Marseillaise

C'est un cri de sainte et saine colère [...]. Sous nos yeux ébahis, André Bonmort invente le pamphlet poétique.
Jean Ammann - La Liberté

La guérilla des poètes est un véritable pamphlet poétique dans lequel la ponctuation disparaît souvent. Avec colère, André Bonmort dénonce les méfaits du monde actuel: déshumanisation, pollution généralisée, menaces du nucléaire civil et militaire. Rendant hommage à Aimé Césaire et à Léopold Sédar Senghor, il fait le procès de la domination des pays du Nord sur ceux du Sud.
Felip Equy - Cahier Critique de Poésie

 

Extrait :

Une langue à l’épreuve des balles fuck my brain fuck your heart tu peux tuer dix mille mots Brother il en renaît cinq cents à la minute c’est une éclosion lexicale comme on n’en a plus connu depuis l’invention des synapses un bourgeonnement un printemps intérieur incontrôlable indescriptible irréfléchi rien ne l’arrêtera tu peux t’escrimer Brother sur tes idées fixes tes lieux communs tes insanités ton prêchi-prêcha moralisateur tout ce qui tire vers le bas colle au sol tu peux te crisper sur ton simulacre de parole nos mots s’envolent des spores des gamètes des gonades des folies en marche sous le regard figé de ton ordre dépassé tu peux t’époumoner tes phrases traçantes ne déciment plus ne dessinent plus nos destins ta pub meurtrière se casse les dents sur les murailles de nos dents car nous rions Brother nous rions tu es over ton temps de parole est épuisé ton show doit cesser coupe le son tes news tes flashs tes jingles ton modèle américain il est bon à mettre au clou ta parole ne vaut plus un pet de lapin c’est la nôtre à présent qui a droit de cité et pas seulement à Gonesse à Sarcelles à Saint-Louis au Mirail la nôtre qui prend d’assaut les vieux livres pour en faire des nouveaux avoue que c’est un cas d’école les livres sont brûlants de nos mots ils enflamment les cœurs les cerveaux nous avons redonné son vrai sens à l’autodafé.
Une langue fuego une langue feuer une langue qui éclaire l’intérieur le revivifie appelle au réveil sonne le rappel des énergies abolit la passivité l’acceptation muette n’est plus de mise la soumission par omission a vécu que vive à présent l’insurrection de l’esprit sa régénération à partir du feu salvateur qu’il s’embrase et plus jamais ne cesse de brûler la société de consumation est à inventer adonnons-nous à son avènement chacun portant sa bonne parole une langues de feu le pluriel est enfin singulier le féminin à la hauteur un aigu vaut un grave dans notre nouvelle gamme de valeurs la langue est une polyphonie à l’image de la flamme elle fait feu de toutes voix qu’elle réunit en sa lumière en sa chaleur qu’elle allie jusqu’à les fondre en sa vibrionnante synthèse les genres seront bientôt une figure de style inutile rien ne résiste à ce vent torride tout est balayé tout est calciné tout est régénéré la pratique de la langue brûlée ne date pas d’hier mais cette fois la récolte de néologismes sera exceptionnelle cette fois la syntaxe renaîtra plus intelligente moins sûre d’elle-même cette fois les racines ne se laisseront pas supplanter par des excroissances artificielles industrielles trafiquées cette fois l’authenticité ne sera pas pour autant instituée en dogme cette fois l’irrigation sera bonne les puits du futur ne seront plus obstrués par des pierres de non-dits cette fois nous partons du bon pied l’énergie n’est pas à revendre mais à partager la propriété de la langue n’est plus privée.