Éditions

code EAN :
9782351220863


Parution : 13/03/2018
format 13x20
144 pages
12 euros
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La guérilla des poètes

André Bonmort

Quand faim ne s’écrit plus que malnutrition et misère paupérisation, quand travail s’écrit production, et amour relation, la poésie n’a plus droit de cité. «La pensée en ligne, l’information en boucle et les idées au carré sont les matériaux imposés pour la construction de la demeure intérieure.»
Puisque les jours leur sont interdits, les poètes investissent nos nuits, décapent de leur regard acéré le portrait retouché d’un monde reflété par un miroir médiatique trop complaisant. «Monde interminablement bafouillé, gangue de mots, mixture d’idées. Monde bafoué, où la justice elle-même ne parvient plus à se justifier. Monde louche à vous en aveugler.»
Et dans nos subconscients, dans nos rêves, sous la chape qui voulait les juguler, la révolte se répand sous le souffle de la parole revivifiée. «Dans la maîtrise retrouvée de nos multiples paumes la revigorante fraîcheur des multiples clés s’offrant à débarricader la poésie qu’ils avaient encadenassée!»

«La chance enfin donnée au pan spolié de l’esprit, la réhabilitation des sens comme instruments de connaissance.»

Nouvelle édition à paraître le 13 mars

André Bonmort est également l'auteur de L’Âge de cendre, Insurrection du verbe être, Appel au possible, La Citadelle Espérance et Ils ont tué l'albatros, parus dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver, au sein desquelles il s'attache également, en tant qu'éditeur, à donner la parole à la langue insoumise.

 

Presse :

Je ne pensais pas qu’un tel livre global puisse s’écrire à notre triste époque. Encore moins qu’il soit publié. […] mais la collection Littératures actuelles (Editions Sulliver) est sans nul doute la seule où ce texte fulgurant ait pu paraître. Juste et féroce diatribe, oraison jaculatoire, arme de guerre en même temps que rêve de paix, plainte douloureuse mais lucide et digne, La Guérilla des poètes n’appartient à aucun genre connu. Je veux dire: répertorié. C’est précisément du poème qu’elle se rapproche le plus. Encore conviendrait-il de donner de ce terme une définition satisfaisante qui n’ait rien à voir avec celle des manuels scolaires, des universités officielles ou de la critique encartée.
Jacques Lovichi - La Marseillaise

C'est un cri de sainte et saine colère [...]. Sous nos yeux ébahis, André Bonmort invente le pamphlet poétique.
Jean Ammann - La Liberté

La guérilla des poètes est un véritable pamphlet poétique dans lequel la ponctuation disparaît souvent. Avec colère, André Bonmort dénonce les méfaits du monde actuel: déshumanisation, pollution généralisée, menaces du nucléaire civil et militaire. Rendant hommage à Aimé Césaire et à Léopold Sédar Senghor, il fait le procès de la domination des pays du Nord sur ceux du Sud.
Felip Equy - Cahier Critique de Poésie

 

Extrait :

À chaque nouvelle saison l’espoir est fauché par les dents mécaniques de la bêtise. Jusqu’à quand trouvera-t-il la force inouïe de refleurir?
Jusqu’à quand jugera-t-il utile de regarnir son pied de terreau et de laver le monde de ses salutaires averses?
Il faudrait retrouver comment cette parenthèse s’est ouverte, pour tenter de la refermer.
Mais si l’on cherche à identifier la faille qui pourrait expliquer la dérive, on ne trouve que des failles, tout au long d’une dérive interminable!
L’histoire d’avant l’Histoire, le premier homme engendrant la première femme, le premier crime découlant de la première jalousie, la première colère entraînant le premier déluge, le patriarche et sa ménagerie!
L’histoire d’après l’Histoire, histoire de chiffres, de gains et de pertes, biens et territoires ajoutés ou soustraits, le calcul et l’empire, le calcul au service de l’empire et retour sur investissement!
Le clivage immémorial entre l’infime partie de l’humanité affiliée au principe de cupidité infinie et l’immense majorité dédiée, les armes ou les outils à la main, à la défense et à l’accroissement des intérêts bien compris des premiers!
Le peuple impuissant à secouer ce joug scellé par d’abondantes promesses d’outre-monde et par l’illusion inlassablement distillée que la richesse débordante du sommet ne manquerait pas un jour de ruisseler jusqu’à venir irriguer les plus basses couches!
Un sommet qui aujourd’hui encore n’en finit pas de s’élever, surplombant de sa masse impudente la masse de l’humanité, couronné de l’auréole dissuasive de la menace atomique bien tempérée, ses pentes jonchées des victimes collatérales de la guerre sans trêve qu’il livre à la générosité et au partage!

Il faudrait déconnecter le fil conducteur de cette histoire emballée.
Ou enclencher la lecture rapide, afin d’en finir au plus vite!
Tout faire sauter pour voir, sera-t-il le dernier jeu de hasard dont les nantis auront le privilège, au casino du monde?
Car enfin, de plaies en plaintes, de menaces en peurs, de mépris en horreurs, de proche en proche, d’espèce en espèce, de règne en règne, comment le monde lui-même,
Le monde indivisible, l’infini paysage de l’être!
Comment le monde ne se trouverait-il mis en danger par l’insupportable surplus de souffrance?
Et parmi des délires multiples, difficiles à démêler, où s’entrecroisent, souvent s’imbriquant, des systèmes solaires affolés fuyant à la hâte l’environnement surchauffé d’une petite planète bleu cendré;
De précaires successions de générations d’hommes et de femmes fugacement accouplés en un éphémère ballet, sur une route escarpée serpentant au bord du précipice des siècles;
De lugubres rangées d’impotents assis sans forces devant des claviers, devant des écrans;
Des penseurs, des prophètes, des conquérants, mais si petits et si faibles, car composés d’infiniment petit, d’infiniment faible, bourrés d’atome jusqu’à la gueule, jusqu’à l’explosion;
Des fantômes aux linceuls jaunes, noirs et blancs, aux faces flasques flottant comme pavillons pirates au mât de fortune du radeau disloqué d’une civilisation exsangue en phase finale de décomposition;
Et des plaies, des plaies infiniment, dérivant sur l’océan de l’être et le colorant inexorablement d’amertume;
Parmi ces délires, au gré de la pensée exténuée abandonnée au courant, n’est-ce pas de suicide, dont il est question?