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code EAN :
9782351220580


Parution : 17/03/2009
format 14x21
288 pages
19 euros
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Marseille quart Nord
Chronique marseillaise

Benito Pelegrín

Auteur et universitaire réputé, Benito Pelegrín nous livre une chronique sur les quartiers nord du Marseille de son enfance de jeune exilé espagnol, à Saint-Louis, creuset profond des immigrations marseillaises. Sur fond de crise du logement (le mouvement des squatters naquit ici), c'est, avec un regard d'aujourd'hui, l'évocation d'un Marseille ouvrier des années 50, ses problèmes, ses fêtes, sa mentalité, ses conflits sociaux, ses solidarités, mais encore sa puissance industrielle.

Par petites touches, entre mélancolie et surtout humour, se dévoilent la fresque d'une époque et les frasques de toute une galerie de personnages vivants et pittoresques avec leurs façons de parler, de penser, une comédie humaine à l'échelle d'un quartier, d'un squat, et la chronique se fait roman et théâtre: Marseille, en somme.

Professeur émérite des universités, écrivain, dramaturge, poète et musicologue, spécialiste internationalement reconnu du Baroque et du Néo-baroque, Benito Pelegrín vit à Marseille. Parmi ses nombreux livres, deux ont été récemment primés : Figuration de l'infini, l'âge baroque européen (Seuil, 2000), grand prix Calbairac de la Prose 2001, et Traités politiques, esthétiques, éthiques de Baltasar Gracián (Seuil, 2005), prix Jules Janin de l'Académie française 2006. Il a publié en 2008 D'un temps d'incertitude aux éditions Sulliver.

 

Presse :

Cette "chronique marseillaise" se lit comme un roman, mais c'est surtout un témoignage souvent poignant sur la vie de cette ville foisonnante, cosmopolite, dure aux nouveaux venus mais qui savait à la longue, alors, les assimiler: il y a de cela cinquante ans...
Philippe Gut - L'Humanité

Il s'agit ici (c'est très rare) d'une exceptionnelle réussite. […] Il parvient à mêler tous les niveaux de langue, du plus populaire au plus savant, sans qu'il y ait jamais rupture. […] je conseille vivement la lecture pour rire et pleurer de "Marseille quart Nord".
Jacques Lovichi - La Marseillaise

Benito Pelegrín […] a connu dans sa jeunesse la dureté de l'exil,fuyant avec sa mère et ses deux sœurs l'Espagne franquiste. Sans ostentation, le travail de mémoire qu'il réalise ici décrit une époque en plus de profondeur que bien de savantes thèses historiques. À lire ou à relire.
Michel Gairaud - Le Ravi

C'est une parole d'une humanité rare .
Francesca Isidori - France-Culture

A l’instar des couteaux, les romans peuvent avoir de multiples usages, et à défaut d’être suisse, ce livre nous en donne ici une éclatante démonstration. Le regard d’un jeune émigré espagnol — orphelin d’un père anarchiste dont les ossements enrichirent le macabre mausolée du Caudillo — sur ce Marseille d’après-guerre, son oreille aussi, avec cette langue, véritable faconde marseillaise subtilement retranscrite (loin des accents Ducros), font d’abord de ce roman une succulente fresque familiale et sociale. L’immersion, en compagnie d’une foisonnante galerie de personnages, dans le quotidien de ce prolétariat d’après-guerre nous en apprend ensuite beaucoup sur cette ville, sa mentalité (racisme, intégration), son urbanisme, son histoire… et nous suggère même quelques pistes d’originales balades citadines. Du style, de la poésie, de l’humour et en prime, un ou deux éclats de rire : à lire d’urgence.
Ventilo

Extrait :

Au commissariat de Saint-Louis, où il fallait se faire ficher comme étranger, un policier, le commissaire peut-être, d'un ton bourru réfrigérant, m'avait demandé nom et prénom:
- Benito? C'est quoi, ça encore
- C'est Benoît, en français, balbutiai-je, frigorifié… J'ajoutai, comme une caution culturelle: Benedictus en latin, Benedict en anglais…
J'aurais pu ajouter Bénezet en provençal, Benet en catalan, Bento en portugais, mais je l'ignorais alors. Je cherchai un secours de la science, dans une intuition fulgurante de ma future vocation – ou fatale obligation – de linguiste:
- Cela veut dire bien dit, béni, le contraire de maudit.
- T'es italien?
- Non, monsieur, espagnol.
- Ça sent Mussolini. Ton père, il devait l'admirer pour te donner ce fichu prénom…
Tout mon sang se révulsa et, sans considération pour l'autorité dès qu'on touchait à ma dignité, à mon père Benito, c'est-à-dire à moi, je débitai, avec une émotion qui me coupait le souffle, tout ce que ma mère m'avait appris quand elle surprit, ce que jamais je n'aurais osé lui avouer, que mon prénom faisait l'objet de sarcasmes de mes camarades, soufflés par leurs parents :
- Mon père, il était anarchiste, de la C.N.T. F.A.I.! Benito, c'est espagnol! En italien, c'est Benedetto!
- qu'est-ce que tu me chantes? C'est plein d'Italiens qui s'appellent Benito comme Mussolini!
- Oui, ses parents, lui avaient donné le prénom du révolutionnaire mexicain BENITO Juárez, ils l'admiraient, c'étaient des socialistes, on a fait beaucoup de films sur lui, sur la Révolution mexicaine. Et puis, lui – Mussolini – il donnait des primes aux parents qui donnaient ce prénom à leurs fils. Et puis, l'Italie, s'il y a aussi des Benito, c'est que c'était espagnol pendant des siècles! Oui, toute l'Italie, presque toute, et Besançon, «Vieille ville espagnole», Victor Hugo le disait, et…