Éditions

code EAN :
9782351221587


Parution : 11/10/2016
format 13x20
176 pages
14 euros
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Au pays des femmes cachées

Damien Desbordes

Quasi amnésique, Ambre vit dans un foyer où la visitent des hommes de passage. Elle a perdu le fil de sa vie.
En quête d’elle-même et de sa dignité bafouée, c’est pour elle une évidence: elle s’envolera pour le territoire le plus chargé en mémoire et le plus souffrant du globe, la Palestine.
Un périple à travers les ruines de son passé (sa mère décédée à sa naissance; son père abusif qu’elle ne peut s’empêcher d’aimer…). Et par ce voyage elle découvrira un peu de cette terre où s’affrontent depuis si longtemps «les infidèles et les mécréants». Ainsi, réapprenant à se connaître, apprend-elle en parallèle le monde où il lui faudra exister.
Parcours de vie, mais surtout parcours de vie intérieure, tant cette héroïne toute de fragilité et de résilience illustre avec justesse la quête aveugle mais déterminée à laquelle est vouée chaque conscience.

Après une licence de biologie, Damien Desbordes rejoint l’école de journalisme de Marseille (EJCAM). Finaliste du Grand Prix des journalistes de la Chimie, il a publié deux recueils de poèmes aux éditions Stellamaris: La Cité des anges (2012) et Gemmes (2013). À 24 ans, il signe ici son premier roman.

Presse :

Un feu d'artifice de mots à peine reliés par un semblant de sens? Cela, mais aussi une implacable logique dissimulée sous des trésors d'apparents non-sens. A l'insu même, peut-être, de l'auteur. En vérité Damien Desbordes - au départ biologiste - donne ici une sorte de poème (il en a publié deux recueils) qui est recherche du plus intime de soi sous l'habile couvert d'un texte parfois «incohérent» comme l'est toute rêverie pourtant significative. [...] Récit onirique, travail sur la langue, introspection par intérim, ce livre se termine en forme de prière poétique.
Jacques Lovichi - La Marseillaise.

Ouvrage intrigant sur les mystères de soi et la recherche du sens de la vie. Son personnage principal est amnésique. Au cœur de la Palestine, Ambre devra découvrir qui elle est. Un livre prometteur pour cet auteur en devenir.
Carole Raynaud - Le Dauphiné libéré

Ce jeune auteur évoque des sujets tabous que la littérature ne traite que peu ou pas assez. Il remet en cause des certitudes. Dans ce roman, il les appréhende avec un œil d’enfant que l’on pourrait qualifier de naïf. Il aborde ainsi, avec légèreté, ce que nous ne pourrons lire autrement.
L'AMUz'art

 

Extrait :

Ambre s'allongeait sur le sable mou, le soir, et elle se rappelait sa naissance. Il y avait cette inconnue qui berçait mécaniquement, avec des bras maigres, un petit bout de fille – quelques os, une sorte de tête et déjà trop de chair sur le cou – qui dès le départ semblait immunisée contre le destin.
Elle n'en aura pas, décidait la voix de son père avec des accents de pierre. Je l'en préserverai.

Et puis de toute façon, un destin, qu'en faire ? gueulait Ambre. Moi je n'aime ni les étoiles ni les destins de chez nous. Ils sont beaucoup trop hauts et trop lointains et trop banals.
Les étoiles filantes encrassent le ciel, pas moyen de s'envoler dans ce pays pourri. Chez nous, elles se tracent au crayon de bois. Ici, c'est à l'encre de Chine; et chaque soir un type renverse l'encrier.

Intifada, ça voulait dire guerre des pierres. C'était une invention du pays des mécréants, un caprice fréquent. Le pays des infidèles réagissait comme un gamin à qui on vole un jouet tout neuf. Ambre ne parlait plus pour faire la guerre mais pour guérir et divertir saint Barnard, qu'elle aimait d'autant plus fort qu'il s'éloignait. Le bruit des bombes, elle ne l'entendait même plus. La guerre était soudain passée sur un plan secondaire. Le crépitement des armes à feu avait une incidence minime sur son existence, mais il réussissait encore à la tirer du sommeil quand son rêve ne la retenait pas suffisamment. Arrachée à son univers de nuit – qui était toute sa vie – elle ouvrait un des livres de saint Barnard et essayait de lire dans le noir. Quand une bombe explosait, elle pouvait lire une ligne. Les explosions lui ménageaient de longues pauses pour méditer dans le noir sur ce qu'elle venait de lire, sur la rareté des miracles et l'intermittence de Dieu.

C'est sans doute car je suis jeune et qu'il me reste beaucoup à apprendre, se disait-elle, mais on devrait enlever ces explosions et enlever la nuit. Les passants ont l'air de trouver ça normal. Je veux bien un peu de lumière rouge pour lire à nouveau, mais ça ne suffit pas, ça ne suffit jamais. Il en faudrait plus, beaucoup plus, que ça pète toutes les trois ou quatre secondes sans interruption. Ou alors il faudrait arrêter de lâcher des bombes, et on aurait la paix. On pourrait dormir, on pourrait se rassembler, on aurait la paix.