Éditions

code EAN :
9782351220634


Parution : 17/02/2010
format 15x22
336 pages
25 euros
» Commander « retour
Email Facebook Twitter Google Plus

Anthropologie de l'étrange
Énigmes, mystères, réalités insolites

Jean-Marie Brohm

L'histoire nous a légué d'innombrables énigmes, mystères et réalités insolites: l'Atlantide, les «pierres du ciel», les possessions démoniaques, la sorcellerie, les enfants sauvages, les apparitions extraordinaires, les stigmates et corps à prodige, les extases mystiques, etc. L'anthropologie ne peut pas traiter ces données que l'on rencontre dans d'innombrables cultures comme de simples résurgences folkloriques, superstitions ou hallucinations. Elle doit au contraire s'interroger sur leur teneur ontologique qui n'est pas simplement du registre de l'irrationnel ou de la fiction, mais bien du registre de la constitution intersubjective des mondes vécus ordinaires.
De nombreuses observations et découvertes attestent de l'intrication étroite entre «l'imaginaire» (les croyances, les mythes, les légendes,) et «le réel» (les connaissances scientifiques, les réalités attestées, les faits historiques avérés). L'Anthropologie de l'étrange est l'étude critique de trois quêtes métaphysiques fondamentales: l'origine (de la vie, de l'homme), le devenir (de l'humain, de la planète, du cosmos), la pluralité (des mondes habités, des mondes vécus, des différents types d'humains ou d'humanoïdes).

Jean-Marie Brohm, docteur d'État ès lettres et sciences humaines, est professeur de sociologie à l'université de Montpellier III-Paul Valéry et membre de l'Institut d'esthétique des arts et technologies. Directeur de publication de la revue Prétentaine et de la collection du même nom aux éditions Beauchesne, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la sociologie et l'histoire du sport et de l'olympisme, ainsi que sur la philosophie du corps et l'anthropologie de la sexualité.

Presse :

En affirmant que "les sciences humaines n'ont de sens que si elles ont un fondement méta-empirique", Jean-Marie Brohm décrit les pouvoirs de notre imagination. Car le méta ici n'est autre que notre imaginaire faculté. [...] Il faut admettre que l'étrange est parmi nous et qu'il occupe une place prépondérante et extraordinaire du côté de tout ce qui nous reste à explorer.
C.F.K. - Libération

Cet ouvrage présente, à notre sens, un double intérêt :
-Celui d'une mise en perspective des diverses théories de l'Imaginaire resituées dans une perspective et philosophique et anthropologique, et c'est surtout en cela que Brohm y voit «une réelle force d'invention, de création, de production» (p. 9). Elle s'appuie de fait sur une épistémologie complexe.
-Le fait que le théoricien qu'est Jean-Marie Brohm, bien connu dans les domaines de la sociologie critique et de la phénoménologie, apporte ainsi une caution intellectuelle fondée et construite aux travaux sur les phénomènes de l'Etrange, dont il légitime l'objet, tout en les dépassant, sur plusieurs points.

Georges Bertin - Bulletin métapsychique

Le livre terminé, on en redemande… Non pas que l'on y aura enfin trouvé quelque amorce d'élucidation sur le Yéti, les ovnis, la Bête du Gévaudan ou les sanguinolents stigmates de Padre Pio, mais parce que, du bout de sa plume, Brohm nous aura inoculé le virus de sa vertigineuse érudition.
Frédéric Saenen - Parutions.com

 

Extrait :

Puisque les imaginaires traversent tous les champs de l'anthropologie, y compris les domaines supposés les plus rationnels de la recherche (l'économie, les rapports sociaux, le pouvoir, le droit, les institutions) qui sont infiltrés ou «contaminés» par les mythologies, les croyances, les superstitions, les légendes, la pensée désirante, les attitudes magiques, il convient de les considérer comme un horizon infini de significations, de symboles, de représentations et d'images. On pourrait même soutenir que l'anthropologie, dans toutes ses nuances, est essentiellement l'exploration de la vaste galaxie de l'imaginaire, aussi bien des imaginaires sociaux que des hommes ou sociétés imaginaires. Il n'existe pas de société ni de culture, en effet, qui ne repose sur des mythes, des contes, des récits légendaires, des utopies, des rêves, des fantasmes. Or, l'institution imaginaire du fait humain est de plus en plus refoulée dans les sciences sociales par les courants scientistes, structuralistes, marxistes, logicistes et leurs divers métissages. Dans le même temps le merveilleux, la fiction, l'exotique, le surnaturel, le mystérieux, l'occulte, qui n'ont jamais déserté les mentalités, y compris savantes, ne cessent de revendiquer leur droit à la reconnaissance. L'anthropologie – à laquelle Marcel Mauss a assigné la tâche de prendre en compte les faits sociaux totaux, comme par exemple la magie, le don ou les techniques du corps – ne saurait donc considérer l'immense domaine de l'imaginaire comme le règne de l'obscurantisme, de l'ignorance, de l'irrationalisme, de la divagation ou de la pensée délirante. l'imaginaire est au contraire ce qui constitue l'humain, au même titre que la science, le langage ou la technique. La difficulté épistémologique est cependant que l'imaginaire est lui-même l'objet de multiples approches imaginaires. Et ceci de deux manières. Tout d'abord l'imaginaire regroupe différentes régions ou dimensions ontiques plus ou moins interdépendantes: imaginaires psychiques (fantasmes, rêveries, rêves); imaginaires thanatiques (figures de la mort, destins du cadavre, images des défunts); imaginaires artistiques (créations, œuvres, fictions, images, représentations); imaginaires scientifiques (hypothèses, concepts, théories); imaginaires surnaturels (mythes, religions, prophéties, occultismes, animismes); imaginaires cosmiques (cosmogonies). Tous ces imaginaires véhiculés par toutes sortes de récits délimitent des univers ontologiques hétérogènes et définissent des modalités phénoménologiques d'une extrême complexité. Leur phénoménalité se donne en effet sous diverses formes: le certain, le douteux, le visible, l'invisible, le possible, l'invraisemblable, le souhaitable, etc. Ensuite l'imaginaire est l'objet de multiples approches théoriques qui lui donnent sens. Bien qu'ayant eu recours à d'autres paradigmes d'intelligibilité, j'ai cependant privilégié les références psychanalytiques et ethnopsychanalytiques, non seulement parce que leurs conceptualisations me semblent les plus aptes à tenir compte des réalités abordées dans ce livre, mais aussi parce qu'elles combinent de manière pertinente l'ontogenèse (imaginaires individuels) et la phylogenèse (imaginaires collectifs).