Éditions

code EAN :
9782351220276


Parution : 28/08/2007
format 15x22
260 pages
26 euros
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La littérature à contre-nuit

Juan Asensio

«A mesure, donc, que disparaît la littérature, le Mal paraît ne plus constituer la question taraudant comme nulle autre l'esprit des hommes, l'Ennemi qu'il s'agit de combattre sans relâche. Tout au plus lui prédit-on quelques années d'une triste existence, réduit en bouillie qu'il sera bientôt par les rangs serrés des forces du Progrès.»

Juan Asensio poursuit son questionnement original concernant les rapports complexes que le Mal entretient avec la littérature. Il privilégie quelques-unes des oeuvres les plus marquantes d'auteurs tels que Joseph Conrad, Georges Bernanos, Georg Trakl, Paul Gadenne, Joseph de Maistre, Cormac Mac Carthy, Arthur Rimbaud, Ernesto Sabato ou encore Ernest Hello. De cette polyphonie jaillit une analyse brillante de la parole, du silence et du désespoir en littérature.

Presse :

Un manifeste à la fois profond et élevé, une défense et illustration du style, sans appel pour les médiocres et les bavards.
Rémi Soulié - Famille Chrétienne

Comment cerner le mal dans son ambiguïté, alors qu'il se dérobe aux mots? Défense d'une littérature qui fasse l'épreuve du mystère et du silence. [...] Cette belle invitation à la lecture, à la découverte d'auteurs peu, plus ou mal lus, met en exergue la mission de ceux qu'Asensio considère encore comme de vrais auteurs: faire sortir les mots de la souillure, retrouver le langage du silence en acceptant le mutisme malgré son impossibilité, comme Wittgenstein proclamait les limites du langage dans une impuissance revendiquée.
Cécile Balavoine - nonfiction.fr

 

Extrait :

Il faut parler, à propos des romans les plus aboutis de McCarthy (dont, incontestablement, le très violent Méridien de sang est l'épure) d'un véritable élargissement, la prose magnifique du romancier américain devenant grosse d'un mystère qui la dépasse mais devant lequel elle ne désespère point. On dirait que Céline, de rage, détruit ce qu'il ne peut ou veut comprendre. McCarthy ne se couche pas ni ne cille devant le sombre spectacle de l'horreur. Il paraît même ne lui adresser aucun reproche. Il endure. Il se tient debout devant elle et consigne minutieusement chaque élément de la scène, cadavres en putréfaction, bagarres inouïes, cannibalisme, tueries abominables, lâchetés insignes, sabbats autour des feux sorciers. Contrairement à nos bavards romanciers se gargarisant d'un paganisme approximatif coupé à l'eau plate d'un catéchisme de Procure, qui chiquent puis recrachent, à la demande des pions aisément choqués, un Christ verdâtre qui n'a plus qu'une fort lointaine parenté avec celui des Évangiles et ressemblerait plutôt à la pâte molle d'une sucrerie gluante sucée par un Lautréamont en culottes courtes, McCarthy ne s'embarrasse pas de méandreuses circonlocutions prétendant épuiser l'indicible ou son contraire, l'ineffable. McCarthy écrit comme Goya peint : en voyant, et ce don de première vue si je puis dire ne fait jamais l'impasse de la réalité, aussi laide ou horrible soit-elle, qui se tient sous le regard.