Éditions

code EAN :
9782911199790


Parution : 16/04/2002
format 13x24
128 pages
15 euros
» Commander « retour
Email Facebook Twitter Google Plus

Lautréamont et les chants magnétiques

Louis Janover

«Si l'on prête l'oreille à ce que dit Lautréamont, Les Chants de Maldoror restent aujourd'hui une fausse note dans la grande symphonie de nouveau monde. Cette fresque hallucinée et hallucinante, qui porte à son paroxysme parodique le système d'exagération des vices du romantisme, peut être lue comme la préfiguration de ce que nous voyons se dérouler sous nos yeux dans les domaines de la culture. Mais elle laisse deviner une autre voie ouverte à la révolte, à contresens de la modernité, et ce courant a trouvé son chemin dans l'histoire. C'est pourquoi certains chants, de Nerval au surréalisme, ont conservé leur magnétisme, alors que d'autres ont été démagnétisés à jamais, pour s'être trop bien accommodés de tous les modes d'emploi et de tous les usages.»

Louis Janover a été membre du groupe surréaliste dans les années 1950. Il a collaboré à l'édition des œuvres de Karl Marx dans la Pléiade, et à la revue Études de marxologie. Il est l'auteur de plusieurs essais critiques sur l'intelligentsia et sur le surréalisme.

Extrait :

Certes, l'exploration du Moi et le regard porté sur la nature pour y trouver le sens humain de l'autre, cette tension a donné à la poésie romantique sa puissance de suggestion inégalable. Mais Lautréamont nous montre à quelle ronde sans fin, à quelle répétition délirante nous réduit le triomphe de l'une sur l'autre, et pourquoi le passage de l'une à l'autre doit toujours rester ouvert pour ne pas aboutir à une impasse.
Toute la culture d'avant-garde, du romantisme au surréalisme, forme l'inépuisable substance des métamorphoses de l'art nouveau, mais de fait, à y regarder de près, on est confondu de voir resurgir à chaque étape de la postmodernité culturelle la panoplie du non-conformisme des années trente, parfaitement intégrée à la modernité. Même chose avec tout le fatras sadien qui, après avoir fait les délices de la génération post-68, alimente l'appétit vorace d'une critique éperdue, friande des nouveaux produits d'une contestation institutionnalisée.
L'esthétique moderne a l'âge de ses artères, et malgré les cosmétiques on voit transparaître sous son masque tout ce qu'elle prétend ne pas être.