Éditions

code EAN :
9782351221600


Parution : 17/01/2017
format 13x20
128 pages
11 euros
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Rien entre nous

Martine Roffinella

La narratrice, «écrivain de seconde zone», entame une correspondance avec une critique littéraire de renom à l’aura déclinante, mais toujours en quête d’une petite cour appliquée à faire miroiter son ego.
Une relation classique dominée-dominante, mais qui s’exacerbe lorsque notre romancière ose se prétendre amoureuse de son égérie et harcèle de ses avances cette femme d’un autre monde qui lui ferme résolument les portes de son milieu et lui interdit l’accès à son intimité: «Considérez que je n’existe plus, achetez un pistolet, des comprimés pour dormir, une corde, que sais-je, et suicidez-vous. Mettez fin à vos jours –cessez enfin de nuire.»
C’est tout le contraire qui va se produire. Le moteur passionnel s’emballe et avec lui celui de l’écriture, tout d’un coup régénéré, et qui trouve là son plus précieux carburant: désirs extrêmes et émotions intenses.

Depuis 1988 et Elle, son premier roman, qui lui vaudra une rapide notoriété –et avec lequel ce nouveau texte renoue presque trente ans plus tard–, Martine Roffinella a publié plus de quinze livres, explorant avec minutie et causticité ce qui caractérise l’existence humaine dans tous ses méandres, et questionnant de plus en plus intensément nos portions de vie infimes afin d’appréhender en chacun de nous cette flamme de beauté et de laideur confondues qui nous fait «être».

Presse :

Au fil de ce récit mené d’une main de maître, l’auteure plonge à nouveau dans des abîmes avec une clarté radicale, une saisissante honnêteté. L’amour devient moteur de l’écriture. En même temps qu’elle dévoile ses fantasmes, partage ses désirs sans cacher leur face sombre, la narratrice invente cette relation et construit dans le même élan l’Autre, idéalisée. Signe que toute passion est finalement fiction?
Anne Pitteloup - Le Courrier

« Rien entre nous », le nouveau roman de Martine Roffinella, donne chair aux fantasmes, à cette matière qui épuise les sens pour nourrir cette partie du cerveau où la folie croise le désir, la perversion, le délire et la manipulation. Il faut aller forer au plus profond de l’être, creuser là où seul un écrivain peut aller en outrepassant le format du langage pour mettre à nu les propos qui donnent son nom au sexe et sans détours. [...] La qualité d’écriture de Martine Roffinella nous aide à faire la différence entre l’art de cultiver une forme érotique et la vulgarité. Avant tout jugement, il s’agit là d’une œuvre véritablement littéraire !
Erik Poulet-Reney - Triage

Un style enlevé, puissant, évocateur de nuits torrides… «Je ne peux plus me débarrasser de toi je t’ai en parasite tu me colonises comment rire avec toi colonisée sous ma peau?»
À lire, même à deux. «Tu me vaincras tu jouiras comme tu l’entends du moment que je peux mettre ma tête entre tes seins.»
Martine Laroche - Genres
 

Extrait :

Vous vous êtes illusionnée, m’écrivit-elle un matin de septembre. Aucun jeu de séduction ne peut exister entre deux personnes qui ne se sont jamais rencontrées. Je ne vous comprends pas, ne comprends rien à ce que vous me déclarez, toutes ces phrases saturées d’un amour dont je ne saisis même pas les contours, tant il me paraît inexistant. Je n’ai pas allumé d’incendie, m’assura-t-elle, à aucun moment je n’ai pu vous donner une once d’espoir quant à une éventuelle relation sexuelle avec vous. Vous me dites de surcroît que vous êtes une dominante; comment pourriez-vous imaginer peser sur mon corps comme sur ma vie? Je suis une femme indépendante, je croyais que vous l’aviez perçu, et s’il a pu m’arriver de partager le lit d’une autre femme, ce n’est pas un rapport de domination que j’y ai recherché, ou subi. Votre désir est accablant, insupportable; la violence de vos émois l’est tout autant. Vous êtes un être brutal, il manque à votre palette de sentiments tout un éventail de nuances précieuses. Je ne veux plus de vous, vous ne me serez jamais indispensable, je n’ai pas envie de vous côtoyer, ni même de vous entrevoir au hasard d’une rue. Sortez de ma vie, vous y êtes entrée par effraction avec une impudeur insensée, et je regrette bien d’avoir, pendant toute cette année, perdu mon temps à répondre à tous vos messages intempestifs. Vous êtes vous-même intempestive, demesurée, dangereuse; vos excès vous conduiront à la folie, ou bien au meurtre. Car, conclut-elle, je sens en vous une forte capacité de destruction, un infernal désir de prédation; vous ne songez qu’à une chose: repérer votre proie, resserrer vos filets autour d’elle, vous jeter dessus et la dépecer. Vous avez le goût du sang, comme ces chiens qui, une fois qu’ils ont mordu, doivent être tués sur-le-champ, car l’on peut être sûr qu’ils recommenceront éternellement à mordre, tant le sang leur a plu. Il faudrait vous abattre, vous euthanasier. Vous m’avez harcelée, je vous ai offert mon amitié, vous avez cru me tenir dans vos griffes, vous vous apprêtiez à me déchiqueter; mais voilà, je ne vous aime pas, vous ne me tenez pas prisonnière, considérez que je n’existe plus, achetez un pistolet, des comprimés pour dormir, une corde, que sais-je, et suicidez-vous. Mettez fin à vos jours – cessez enfin de nuire.
 
 Cessez enfin de nuire, c’est ainsi que N. termina son courriel.