Éditions

code EAN :
9782351220597


Parution : 13/10/2009
format 13x20
176 pages
15 euros
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La fille dévastée

Rozenn Guilcher

«Plus l'autre vous jette plus vous vous agrippez. Plus vous hait plus l'aimez. Et la force se multiplie par deux: l'autre dans la rage vous dans l'adoration. Elle vous tue tous les jours mais vous ne mourez pas. Et vous lui pardonnez. Elle est votre mère tout au monde et plus. Vous craignez le reste. Le monde vous fait peur. Mais je vous expliquerai une autre fois.»

Une relation perverse mère-fille qui se nourrit de mal-être et aboutira à la destruction. Rozenn Guilcher, par le tremblé de sa voix en équilibre sur le fil de la langue, en rend tout le tragique et toute l'ambiguïté, amour et haine mêlés, lutte incessante entre fatalité de la déchéance et aspiration à la délivrance. Un livre au bord de la folie.

Née en 1968, Rozenn Guilcher répond depuis longtemps au besoin d'écrire mais publie ici pour la première fois. Après des études de Lettres Modernes (mémoires sur Saint-Exupéry et Henri Michaux), elle a exercé divers métiers liés à l'éducation et à la culture.

Presse :

L'écriture de Rozenn Guilcher cherche le mot juste, toujours. Pour dire au mieux, la violence des relations entre la mère et la fille et l'absence du père. Elle dit "je" puis glisse doucement dans le "je" de la mère et l'on entend tout à tout coup les deux voix, syncopées, hachées, femmes blessées. Des phrases taillées au scalpel où s'invitent des poèmes, souffles, espaces de liberté pour l'enfance volée.
L'écriture ou la vie. Enfin, quand tout a été écrit, la peine à dire encore. Le corps fatigue. Il s'est allégé. Repos. Village en ruines, Marie, la fille dévastée court, doucement, vers sa reconstruction. Un livre qui laisse des traces, une écriture à découvrir absolument.

Sabine Tamisier - Dazibao

Dans un style résolument moderne, Rozenn Guilcher nous fait passer successivement de l'esprit de l'enfant à celui de sa mère, le morcellement syntaxique venant parfois symboliser l'éclatement de la pensée de l'enfant.
Jacques Trémintin - Lien social

Son style dérangeant, qui ouvre aussi sur des espaces de poésie, crée le climat menaçant d'un mal-être qui va crescendo avant d'atteindre, au dernier chapitre, la délivrance liée à la nécessaire séparation.
Christiane Courbon - La Provence

 

Extrait :

Lorsque je parle avec mère je parle vite vite très vite. Il n'y a pas de place. Alors vite! Avant qu'elle ne reprenne son souffle et sa voix. Avant qu'elle ne prenne ce qu'elle ne m'a pas donné. Alors vite. Parle. Colle des mots. En apnée. Creuse avec mes doigts. Affolée. Précipitée. Parce que là rien n'attend ni n'entend. Il n'y a pas d'espace. Il n'y a pas de place. Alors avec les doigts un trou dans la terre comme une tombe. Avec les doigts.
Mère m'a filmée pendant les dix premières années de ma vie. Elle a tout gardé. Elle a des preuves. Elle a filmé mes colères, mes façons de manger, mes réveils, mes occupations, mes toilettes, mes jeux. Il y a des parents qui filment leurs enfants pour les souvenirs garder les bons moments. Mère me filmait pour m'espionner. Elle me surveillait ainsi. Elle me considérait comme un animal de laboratoire qu'il fallait observer. Analyser les réactions, réaliser des expérimentations. J'étais rat. Rat est devenu intelligent à force d'essayer de déjouer les pièges. Rat s'est dédoublé. Rat de laboratoire répondant aux critères expérimentaux.
J'ai longtemps cru que, pour être aimée, il fallait que je sois un rat. Sage. Avec les réactions qu'on attendait. Un rat digne de ce nom. Alors l'amour et le regard qui brille de mère parce que son rat s'est bien tenu. A été gentil et sage. Peut-être qu'elle lui donnera un sucre comme aux chevaux ou aux chiens.
Un sucre c'est de l'amour. Enfin je l'ai cru. Une récompense d'avoir été comme elle veut. Pour que maman m'aime être un bon rat. Se plier aux exigences. Se mettre de côté soi soi-même ne pas exister. C'est comme cela qu'on vous aime. C'est comme cela qu'on vous désire. Oui c'est cela l'amour. Sinon non. Et l'on vous punira. Et l'on vous fera comprendre que vous décevez vous êtes méprisable mauvais rat qui ne mérite pas une mère si dévouée qui fait tout pour lui! Et les injures et les dénigrements. Mais ces coups-là ne se voient pas ne laissent pas de traces non. Pas traces sur corps. Je vous parle d'autres blessures. Mère était professionnelle en autres blessures parce qu'elle avait élevé un mauvais rat et qu'elle ne pouvait faire autrement que de le blâmer.
Le mauvais rat c'était moi.