Éditions

code EAN :
9782351220894


Parution : 18/10/2012
format 13x20
160 pages
14 euros
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Quelque part dans la nuit des chiens

Sandrine Bourguignon

Claire est psychologue, elle vient de rencontrer un nouveau patient. Antony a dix-neuf ans, l’âge de l’enfant qu’elle n’a pas eu. Celui-là, Claire a décidé de le sauver, comme on ramasse les morceaux. Mais sur la route, les débris. Les siens. Les leurs. Les nôtres.
Autour d’Antony, Monsieur Zed, le Cyclope, Fatima et Papillon repeuplent ce désert asilaire de leur forêt mentale, labyrinthe de toutes ces vies qu’on fracasse contre les murs de la nuit sécuritaire.
Claire y abandonne peu à peu ses amours, son enfance et ses ratages, dans un récit tout en pudeur et en retenue, traversé de fulgurances qui viennent bousculer nos indifférences.
Ce premier roman sait allier dans un équilibre rare la révolte politique et citoyenne avec la sensibilité des intimités blessées.

Scénariste et lectrice, Sandrine Bourguignon accompagne des auteurs et des cinéastes dans leur travail de création et anime des ateliers d’écriture dans diverses institutions psychiatriques. Quelque part dans la nuit des chiens est son premier roman publié.

Presse :

Dans ce livre, il y a un discours politique en toile de fond, un groupe aussi, le Collectif des 39, créé en 2008 par des professionnels de plusieurs horizons en réaction à une approche répressive de la folie. Mais il y a surtout une langue, incisive et pudique à la fois, portée par la pratique quotidienne d’une psychologue dans un hôpital psychiatrique et qui, malgré une fragilité soumise à rude épreuve, réussit à ne pas s’ensabler. [...] La voix de Sandrine Bourguignon, telle une pluie cinglante, ne peut laisser indifférent et s’inscrit bel et bien dans le choix éditorial des éditions Sulliver: «une littérature indocile, revendiquant l’alliance de la conscience politique et de la sensibilité poétique, et porteuse des appels, des indignations et des révoltes de la part fragile du monde (…)».
Natacha Andriamirado – La Quinzaine littéraire

Pas de frontières entre le monologue des patients, et le récit de la vie de Claire. Mais une unique tonalité, en un seul temps, en un seul lieu. Celui de la tragédie qui point, dans les fuites répétées d'Antony, et dans les exigences sécuritaires qui traitent les pensionnaires comme des criminels en puissance. Dans leurs paroles, comme dans celles intérieures de Claire, s'immiscent de fines lames poétiques qui transpercent, et nous font basculer dans cet univers de l'ultrasensible. Avec un style télégraphique, nerveux, entre récit documentaire et fiction, régulièrement cisaillé par le discours décalé de Nicolas Sarkozy sur les hôpitaux psychiatriques, ce court roman nous offre "la destinée des fous comme des chiens qui divaguent".
Virginie Mailles Viard - Le Matricule des anges

On n'oubliera pas de sitôt le susnommé Antony, sorte de force tellurique seulement à l'aise dans la nature et qui mourra comme il a vécu, noyé dans les eaux maternelles d'une rivière; ni Fatima, mère d'abord doublement perdue et qui se reconstruit peu à peu grâce à son bon sens et à sa vitalité; ni Monsieur Zed, suicidé endémique dont on ne connaîtra jamais le lourd secret qui le hante; ni Papillon, être plus fait pour la Nuit des Rois que pour la vie ordinaire et qui, telle une fumée, s'envolera et se dispersera sans laisser de traces - comme si elle n'avait jamais existé - morte de faim et de froid sur un trottoir hostile que les vains discours présidentiels n'ont su lui épargner. Mais surtout Le Cyclope, personnage homérique certes, à la fois Ulysse et Polyphème, et, avant toute chose, oeil de Dieu dont la tombe est le corps même de cet ancien navigateur, qui survole tout cela avec une immémoriale sagesse et un rare sens de la parole poétique.
Jacques Lovichi - La Marseillaise

Œuvre littéraire autant que témoignage humaniste, ce premier roman donne de quoi se délecter et réfléchir, se réjouir et s’attrister, se désespérer et se révolter.
Jacques Trémintin - Lien social

A travers la dérive de Claire, Sandrine Bourguignon nous force à regarder le monde psychiatrique: elle nous confronte à cette part souffrante de l’humanité que l’on cache et que l’on craint. Quelle est cette société qui emprisonne des malades, demande l’auteur? Mais d’où vient la colère de Claire? D’un système qu’elle juge indigne ou de sa propre impuissance à soulager les maux de ses frères humains?
Jean Amman - La Liberté

Le rythme du roman et le vocabulaire évoquent un état confus, une inquiétude intermittente, des soubresauts, un affolement parfois, puis une conscience aiguë de tout ce qui se produit dans l’histoire de chacun. Le lecteur oscille ainsi entre la certitude qu’il va se passer quelque chose, et que ce à quoi il assiste est triste et dérangeant, révoltant surtout et le sentiment que chaque personnage est par ailleurs doté d’un avenir incertain, à la merci des autres et du monde, à la merci d’un système défaillant, terriblement dangereux pour ceux qu’il finit de consumer peu à peu. On peine à croire qu’il s’agit là d’un premier roman.
Stéphanie Joly - Paris-ci la Culture

 

Extrait :

Le téléphone sonne on ne répond pas on est en réunion.
Le téléphone sonne on finit par répondre.
Magali s’étrangle avec le fil.
Elle raccroche et nous annonce.
Une patiente a été violée chez elle.
Le chef de service court la retrouver commissariat hôpital n’importe où.
Où qu’elle soit on l’accompagne on pense à elle, on est là.
Elle n’est pas toute seule, qu’elle le sache qu’elle en soit sûre, on est là.
N’empêche.
Peut-être qu’elle n’était pas prête pour cet appartement, peut-être qu’elle n’a pas su se protéger tout verrouiller, on savait bien pourtant qu’elle était fragile.
On a honte, coupables on ne devrait pas mais c’est comme ça.
Nausée collective ce matin.
Et le Cyclope, bien sûr, qui vient essorer notre malaise jusqu’à la dernière goutte.
Il est cette énorme vague qui gronde au large et nous écrase nous aplatit frêles esquifs.
Un rouleau bien lourd, dégueulis des flots qui nous laisse en apnée.
Des trombes de vérité en pleine gueule comme un reflux.
Il sort les fiches les archives les statistiques et nous montre nous dénombre nous déchiffre, les vols les viols les manipulations mentales on est des proies faciles, et vous n’êtes même pas capables de nous protéger bien le bravo, heureusement que je suis là pour tenir la barre mais c’est une épave votre bâtiment qui prend l’eau.
Le Cyclope se retire nous délaisse comme la marée, odeur d’algues mortes.
Silence.
Les mouches qui volent, des mouches à merde.
Et puis on ne t’a pas dit, Claire.
Avec tout ça on ne t’a pas dit.
Antony est revenu cette nuit.
Transféré des urgences.
Rien de grave.
Un coup de soleil un coup de fatigue.
Il est venu de son plein gré chercher refuge, l’asile.