Éditions

code EAN :
9782351221433


Parution : 03/10/2013
format 13x20
112 pages
11 euros
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Chroniques du Diable consolateur

Yann Bourven

Un homme et une femme dans la grande ville. Deux artistes, deux amants intranquilles. «Je nous vois cernés et haletants dans notre grand lit, Ihnès.» La menace et l’angoisse sont partout: «Ne vois-tu pas que les jours s’écoulent nerveusement? On a l’impression que Paris est au bord de la guerre civile.» L’angoisse, la menace, c’est «la Réalité-jour», ce réel de plus en plus poisseux et violent qui recouvre tout, imprègne les êtres et les dérègle.
Comment résister à cette intrusion vénéneuse autrement qu’en allant puiser en soi, dans son inconscient, les armes de la révolte, le «soulèvement intime», la «révolution du dedans»? Douze chapitres fiévreux se succèdent, comme autant de combats où le rêve – qui est souvent cauchemar – tente de s’opposer au réel par la puissance de l’imaginaire. Douze chroniques où le Diable consolateur du langage en rupture se dresse comme un ultime rempart. Et nous voici en fuite sous la «Lune avorteuse», le long du «Fleuve noir», embarqués pour «de folles virées dans Tragédie-City».
«Nous sommes les enfants sacrifiés, qui se loveront parmi les ruines futures de cette civilisation ultralibérale (oui je sais j’utilise des mots de commentateurs avisés en attendant que ça passe, que ça s’effondre comme un château de cartes).»

Né en 1978, Yann Bourven publie ici son septième roman, construisant une œuvre qui explore sans trêve ce territoire qu’il nomme «poésie-vérité». Sont également parus aux éditions Sulliver: Le Dérèglement (2009), et Maclow, Ville-Fièvre (2011).

Presse :

Ce livre n'est pas une partie de plaisir, il fallait que ce soit dit. En revanche, c'est une partie de folie, de fureur poétique et de magie, c'est une partie de vie en somme, l'autre, celle qui damne et qui guérit, sa majesté la faculté des songes, l'imagination, crâneuse et triomphante. [...] Pourquoi le lire? Parce que c'est une gifle. Parce que c'est une expérience. Une sorte de récit-laboratoire, de work in progress qui dit chaque étape de la création et de la phrase, en temps réel, avec cette mélancolie soudaine de ce qui vient d'être écrit, et n'est donc plus à inventer. Parce qu'on est happé, kidnappé, avec autorité, plus de force que de gré, dans ce contre-univers halluciné (prévoir quelques heures avant de redescendre, disons plutôt "de remonter" des abysses mentales où l'on a été précipité).
Marine de Tilly - Le Point.fr

Ce n'est absolument pas un hasard si cette chronique débute par une citation tirée toute fraîche de "l'Alchimie du verbe" d'Une saison en enfer (en un autre sens j'aurais pu citer également Isidore Ducasse). C'est qu'il s'agit ici, précisément, de verbe et d'enfer. C'est aussi que l'écriture de Yann Bourven (dont j'ai déjà signalé la parenté à propos de Maclow, Ville-Fièvre aux mêmes éditions), tout en gardant sa spécificité, fait singulièrement songer à la technique et à l'objet des écrits de "frère Arthur". Mais également, je l'ai dit, à la poésie de Maldoror.
Jacques Lovichi - La Marseillaise

Yann Bourven nous entraîne, par une prose fiévreuse et spectrale, de force plus que de gré, dans une plongée abyssale au cœur d’un territoire en exil du langage, la poésie-vérité. Vrai en tension, submersion de la chair palpitante et rêves nerveux forment la trame crépitante de ces récits noirs aux rythmes spasmodiques. L’étau ferreux de la désillusion, les serres noueuses de la mélancolie la plus pesante ne sont pas, dans l’incandescence du verbe du Bourven, de plates feintes stylistiques. Avec une cuisante acuité, il échappe à l’insipide egoscopie, à la satisfaite auto-fiction. La poésie-vérité est le mensonge vrai jeté à la face d’un monde construit comme vérité mensongère.
Unidivers

Yann Bourven dans la lignée des écrivains-poètes que l’on disait maudits, les visionnaires torturés, les mystiques contrariés, le regard exorbité sur l’invisible sans pour autant échapper à la merditude du réel, nous évoque des Baudelaire, Burroughs «J’étais là, une barre au crâne, comme nu, et les passants ressemblaient à des limaces géantes qui défilaient en rampant et en grognant dans la boue, survolées par des hiboux klaxonnant.» ou Lautréamont, Artaud, qui auraient longuement macéré à la sauce punk.
Cathy Garcia - Délit de Poésie

 

Extrait :

Explosions nerveuses! Valeurs d’anéantissement! Gouttes de doute gelées outre! Lascives et surlivides les terminaisons obscènes! Calées bien tranquillement dans de profonds fauteuils les tortues sans âges du destin décortiquent des pinces de homards qu’étaient bien trop bavards. Mais à quand le soir nu? La vraie mangeoire ou la drôle de guerre orgiastique? Tous les saints sont rentrés se pieuter… travaillent tôt demain matin, y en a qui bossent! On fête un début d’siècle qui s’élance dans l’Histoire en tornades spirimensongères! La Beauté – que l’on a trompée un million de fois avec l’égoïste religiosité – se radine verte de rage dans nos cœurs estomaqués qui s’affolent sous des toits de suffisance, puisque les agonies font la loi! La Beauté alimentera nos débats et se nourrira de nos simagrées! Taches d’encre encroûtées dans l’existence, les écailles des démons du quotidien sont collectionnées par des enfants-poètes qui sont pourtant sous calmants. Les vivants voûtés ex-miliciens dépendent des livres non-écrits et ils s’invitent aux carnavals spontanés! On leur prête des costumes de héros insoumis, mais la Beauté n’ose même plus se glisser sous leurs masques! Regardez-les sous tous les angles, ces esclaves aux ventres recousus! Même Nature les abandonne, ces monstres synthétiques! L’esprit critique leur fait défaut, soit ! Mais nous n’irons pas pleurer sur le sort de ces salauds vendus! Oh ça non, Ihnès! Tu peux courir! Qu’ils crèvent dans leur vomi ces résignés à la langue bien pendue! T’es pas d’accord, Ihnès? Si? Tant mieux! Ce jour immonde s’efface, ce jour a été merveilleux. Inconscients déterrés. De minuscules territoires, collés aux semelles usées, brûlent comme les forêts de l’enfance. Les rives du présent sont lasses. Elles baignent dans leur jus de brume électrique. La nuit commence. C’est l’envers du décor. Carrefour des supplices. Retour au calme. L’univers tout entier se cambre et s’enfourne des idées dans le ventre: la philosophie de l’incendie! Brûlons vite il est encore temps! Aplatir la réalité et prendre la tangente! Drames d’adultes adulés par les dunes infernales qui ont disparu dans la nuit! La mort est revenue comme des histoires à dormir debout! Ça tressaille! Ça implose! Chimères! Nous irons crever les pustules de la Vraie Vie! Gicle! Nous ne serons plus des saloperies de victimes, Ihnès! Plus jamais! La nuit nous prend à la gorge et des pans de crasse se détachent! Les mères soulèvent leurs enfants nus ressuscités au-dessus des fontaines de sang pendant que les pères hilares se pintent la gueule à la terrasse des cafés surpeuplés et baissent leurs pantalons et montrent leurs solitudes énormes aux passants outrés qui survivent en hochant la tête! La nuit nous prend à la gorge! Le doute nous enveloppe et les minutes s’effilochent dans la boue noire qui se répand dans les rues en emportant quelques dormeurs impénitents que cette journée de ressac a laissés indifférents.
La nuit nous prend à la gorge parce que la liberté (subversive) a été flinguée sur les péniches en nage. Puis elle s’est relevée et s’est battue afin de regagner la Vraie Vie! Ce monde agonisant qui l’a rendue plus forte que jamais! Elle ranime désormais nos bouches qui demeuraient jusque-là ankylosées par l’absence d’avenir! Mais elle fait peur, la garce! À pas mal de gens qui ne graviront jamais les marches de la poésie-vérité! Nous voyons une ville, Ihnès, dont le comportement étrange nous laisse à penser qu’elle a tout oublié…