Éditions

code EAN :
9782351220566


Parution : 19/06/2009
format 13x20
112 pages
11 euros
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Le Dérèglement

Yann Bourven

«Un lent et raisonné dérèglement des sens», préconisait Rimbaud, engagé dans une expérience poétique dont le lecteur trouvera ici des résonances.

Mais Le Dérèglement dont nous parle la voix véhémente de Yann Bourven, dans ce texte qui bouscule les limites du roman, est aussi celui du monde dans lequel nous vivons, les «suprêmes barbaries» pressenties par le visionnaire des Illuminations. Ce monde délibérément insensible et cruellement formaté, crispé sur son unique règle, celle de la pensée unique face à laquelle l'écriture poétique – déréglée, forcément – constitue l'un des derniers bastions de résistance.

«Je suis le révolté criblé de balles de dettes et de mauvaises pensées qui se glisse entre les mailles d'un filet-patrie oppresseur.»

Né en 1978, Yann Bourven construit une œuvre qui explore sans trêve ce territoire qu’il nomme «poésie-vérité». Sont également parus aux éditions Sulliver, Maclow, Ville-Fièvre et Chroniques du diable consolateur.

Presse :

Des récits fulgurants, et même si les textes ne sont pas violents en eux-mêmes, on sent que la vie peut basculer, que la folie est là sous-jacente, entre les lignes. [...] Une découverte pour les amateurs de littérature hors des sentiers battus.
Yvon Bouëtté - Eireann

Ici donc règne le désordre. Son exploration sert à Yann Bourven de reconnaissance du monde. Il trace sa géographie subjective sans ménager son énergie à tenir les crayons. Ainsi nous fait-il partager quelques-uns des sarcasmes et ricanements dont Baudelaire dit qu'ils sont de nature satanique. Rire moderne conscient de qui nous fait rire, aventure rimbaldienne, cette déambulation sur plus d'une dizaine de «crises» nous conduit de l'activité liée à l'écriture à la disparition de soi comme monstre dévoré avant sa prochaine renaissance.
Denis Chollet - Voix haute.com

Ce roman peut paraître étrange certes, il peut également déranger et son langage est parfois assez cru. Mais, le rythme ne nous laisse pas sur le bas-côté et nous emporte dans son tourbillon sans faire d'effort. Le titre résonne finalement comme une profonde évidence.
Marie Barrillon - 1001-Livres

On n'en sort pas totalement indemne, parce que ça secoue, ça va dans tous les sens, ça fait vaciller les repères établis depuis si longtemps dans des vies bien rangées... n'est-ce pas salutaire quand on y pense?
Marielle Lefebure - Critiques libres

 

Extrait :

Je n'ai pas changé pas vieilli, je suis ce même gamin de douze ans qui fuguait, mais une guerre se profile horizon sec et sourd moteurs éteints journées interminables et polluées soifs horreurs cauchemars ou réalités d'exils de déserts de fusils chargés sous les nuages noirs abandons sacrifices explosions politiques les exploités se sont soulevés pour la énième fois mais cette fois ils se sont fait littéralement exterminer, la répression orchestrée par une bourgeoisie devenue extrêmement bête fut sans limite sans pitié sans négociations les capitalistes furent plus déterminés que des Versaillais sous amphétamines: et fin de civilisation nouveau millénaire ultime tentative guerres inouïes mondiales quelques mois ont suffi destruction totale du système puis plus rien le calme absolu comme une apocalypse de chaque matin – Alors le spectacle de ces rivières de sang et de pétrole dans lesquelles l'on se noie lorsque l'on tente de rejoindre l'autre rive à la nage pour retrouver ses animaux domestiques chiens chats rats qui ne sont que de la nourriture qu'on a pas volée cette fois-ci et que l'on va donc s'empresser de cuire oh oui rivières d'ordures que l'on pourrait aussi traverser pour rejoindre sa gentille et douce famille estropiée qui s'amuse à éventrer des chevaux encore vivants sous ce soleil qui frappe les esprits et retourne les peaux à l'ombre des troncs les cendres les verrières les chemins au bord desquels le rire gras le discours nostalgique d'un vieillard aveugle qui veut rester à genoux le restant de sa vie et les toits des écoles effondrés sur les enfants qui récitaient les comptines du diable consolateur et le dédale froid de ruelles oranges où l'on se perd et où l'on meurt pour avoir tenté de mettre la main sur un morceau de pain rassis ou une dose d'héroïne bien méritée les plages de cendre où l'on médite affamé les pieds arrachés par un éclat d'obus et le dos constellé de morceaux de verre tachés ce petit crâne qui roule sur ce trottoir appartient à ton enfant que tu croyais en sécurité dans l'abri municipal le soleil ne se couchera plus cette fois les étangs lacs fleuves de cadavres gonflés ont débordé ont inondé les pavillons d'effroi les lotissements où il y a peu de temps encore l'on comptait les jours de routine-usine bourrés de tocs sévères qui conduisaient parfois au suicide cette salle de cinéma a même été contaminée par une peste créée en labo les musées regorgent de pendus collaborateurs regarde sur cette place les statues recouvertes de lichens s'enchevêtrent pour former un cri toxique qui accompagnera les survivants jusqu'à l'orgasme final celui de l'Enfer Palpable : ennui marchandise exploitations peur de l'autre théories mélangées étouffement de la vraie poésie produisent les réelles les violentes guerres civiles!