Éditions

code EAN :
9782351220825


Parution : 22/09/2011
format 13x20
224 pages
17 euros
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Puis-je hurler ?

Dani Frayssinet

Le décor: urbain, saturé de voitures et de publicités. L’époque: début de siècle, fin de cycle. Les protagonistes: des jeunes adultes, plus si jeunes en réalité, en dépit de leurs façons de vivre. Tous au travail mais se tenant – qui par choix, qui par orgueil, qui par peur, qui par inadaptation – en marge du flot majoritaire. Solitaires, isolés, y compris dans le foisonnement de leurs nuits citadines.
Ils vont se renifler, s’attirer, s’opposer, se chercher, se quitter au fur et à mesure que la situation se tend autour d’eux et par l’effet de leur action.
Pour autant, cette histoire n’est pas tant celle de leurs relations que celle de leur confrontation rageuse au monde qui les entoure, à ce système qui leur laisse toujours moins d’espace, qui tend chaque jour à imposer la résignation comme idéologie de survie.
L'écriture directe, où alternent l'humour et la rage, suscite l'empathie du lecteur avec ces personnages.

En marge d’un parcours professionnel atypique, Dani Frayssinet, co-fondateur du magazine littéraire Noir & Blanc, se livre à «l’activisme poétique» : scènes slam, interventions de rue et création de Petit Prince au repêchage, un spectacle qu’il interprète seul en scène.

Presse :

Son style d'écriture est direct, journalistique... Il résonne dans la tête du lecteur tout au long des pages comme un bon slam. Ce texte dialogué nous fait entrer dans le vif du sujet, nous maintenant en éveil sur toutes les situations décrites par son auteur. Pour son coup d'essai, Dani Frayssinet a réussi un coup de maître.
Michelle Rivière - Le Midi libre

Sous un titre narquois d’une politesse convenue, Puis-je hurler? restitue une douleur inavouée, parce qu’inavouable, celle d’une vie faite de petits boulots, de restauration rapide, d’amours vagues, de désirs coupables, de conscience de classe déclassée, de syndicalisme égaré, de petits chefs détruits, d’avenirs mal barrés et mal assumés.
Olé

 

Extrait :

L’après–midi, c’est la désolation. En gros, on ouvre pour que dalle. Quelques groupes de jeunes, des gens qui passent pisser, deux ou trois mamies épuisées. Dans un recoin, les employés qui habitent trop loin pour rentrer chez eux pendant la coupure. Ils tuent le temps en fumant et en papotant. Les étudiants bûchent vaguement non loin d’eux, un par banquette, la tête dans les mains.
Nous, dans le fond. Marcel Kaner et moi. Je suis entre ses pattes depuis un bon moment. Ah quand même! On dirait que ça touche à sa fin: il arrange son paquet de feuilles devant lui, de ce geste qu’il a vu faire aux journalistes, à la fin du journal…
Pas trop tôt. Ça va faire un quart d’heure qu’il me sermonne.

… alors tu vois ce qu’il te reste à faire. Je crois que tu as une chance… qu’il te faut la saisir… et que… T’es pas de mon avis?

Si, si…

Ecoute, on refait le point dans six mois en espérant que Jojo n’en a pas pour trop longtemps et que tu auras rapidement l’occasion de montrer de quoi tu es capable en salle.

Et sinon…

Sinon quoi?


Il le fait exprès, ce connard. Tu veux que je mendie… vieux pourri! Ben, si c’est que ça… on va mendier…
Euh… donc, pour cette fois, c’est peau de balle… C’est bien ça?

C’est… c’est pas encore arrêté-arrêté… Mais disons que…

Disons que… pas grand-chose.


Il sourit, remettant son stylo dans la poche de poitrine de sa chemise. Il a rien écrit de tout l’entretien. Comme si je savais pas que tout est déjà décidé. C’est vraiment que de la poudre aux yeux, leurs entretiens d’évaluation, là… le seul truc, c’est que tu dois faire comme si tu approuvais leur décision. Genre : tu vois, cette fois je t’augmente pas parce que ceci-cela… t’es bien d’accord, hein? Oui Monsieur, vous avez bien raison, à votre place, je m’augmenterais pas non plus… Putain, ils nous prennent vraiment pour des cons. Ils doivent vraiment être cent pour cent sûrs d’avoir affaire à des larves pour oser nous traiter de la sorte… Putain!

Un petit quelque chose… peut être.

C’est ça fous-toi de ma gueule, en plus, connard! Fais-moi languir!
Mais tout petit, alors …

Quelque chose, fils! Quelque chose… Un petit quelque chose, c’est déjà mieux que rien! Tu sais, faut être positif dans la vie.

Ouais, je sais, mon père dit comme vous…

Allez! C’est bon. J’en ai assez entendu. Je me casse. Tu débarrasseras la table si tu veux…

On part pas fâchés?

Tiens, parle à mon cul.

Jacques!

Merde. Tu vois pas que je m’en branle de ton paternalisme, vieux vicelard, connard de militaire!