Éditions

code EAN :
9782351221570


Parution : 12/04/2016
format 13x20
464 pages
22 euros
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C'est là-bas

Marc Jaffeux

C’est là-bas est une libre évocation de l’Orient, et en particulier de l’Inde. Par touches impressionnistes peu à peu articulées, le récit élabore un pays imaginaire et ses traditions: l’Indrastan, avec ses géographes, ses conteurs, ses philosophes et ses dramaturges. Tous sont bien sûr fictifs – des fictographies –, et reposent sur une érudition fantaisiste; en vain le lecteur y chercherait des informations objectives, ou une confirmation de ce qu’il sait déjà.
Mais l’Inde est ici. On la trouvera dans le foisonnement et l’énergie du récit. Elle nous appelle dans le rythme même de l’écriture, qu’alimentent les images baroques, les bribes de légendes, les études inventées d’où émerge peu à peu l’histoire du géant Vigg et de son ami Ajjit.
C’est donc un roman, C’est là-bas, mais un roman de la pensée, dont les mots se réveillent au contact d’un autre réel, et qui, en contrepoint, témoigne de la pesanteur de nos sociétés, de l’anonymat de leurs villes, et de nos esprits tout aussi cloisonnés.
C’est surtout un élan vers ce pays lointain où tant de voyageurs ont cru – avec raison? – être enfin arrivés chez eux.

Marc Jaffeux a publié en 2015 Etymologie d'une dictature. Il est aussi l’auteur de pièces de théâtre, de pièces radiophoniques (France Culture, Radio Suisse Romande), ainsi que d’une vingtaine de livrets pour la musique contemporaine. Il co-traduit du danois la poésie de Marianne Larsen. Ses récits interrogent les liens multiples du réel aux mots, à leur poésie; ils sont souvent pluriels, partagés entre plusieurs approches, comme si le fait d’écrire était lui-même devenu fiction.

Extrait :

En guise de conclusion, on me permettra de suggérer un dernier écho de la littérature indrastane, bien qu’il ne concerne ni les Çifiavanayajapata ni même les Détrastes. C’est dans L’Escalier des Trastes, une oeuvre de Quldus intégralement traduite pour la première fois six ans avant la réédition de Ce que ville veut dire, que nous trouvons une autre citation littérale du recueil. Cet art poétique, conçu en réaction à la dynastie des Ary, formalise une rhétorique a contrario de celle en usage à la cour; l’imprécision est sa figure principale. Quldus prescrit en effet une écriture large, colorée, éparpillée, peu soucieuse d’enchaînements logiques comme de hiérarchies narratives, désordonnée, composite et allusive. Quelques années après la mort d’Aryliava II, il espérait rendre ainsi au langage la complexité nécessaire à la spéculation intellectuelle, un art que les lettrés d’État avaient tout à fait ruiné. Or L’Escalier des Trastes illustre son manifeste esthétique avec des citations d’auteurs de la période classique et antique, dont Attosh et ses Larmes ardentes, où figure littéralement cette «vie vide» qu’Anne Mens décline dans son épilogue. De même les tropes qu’emploie de manière inattendue la poétesse, à mi-chemin entre l’oxymore et l’antithèse, comme…
Les noix souples . . .
Allons!
Les roues ovales . . .
Venez!
L’enfant grave . . .
Cela existe!
Une flamme à côté du feu . . .
C’est là-bas!
Et un mausolée anonyme, dans la cabane d’Ajjit pousse un petit arbre dont le nom change selon son feuillage, quand il est orange il s’appelle Victoire de la beauté, allons!
L’arbre vénéré . . . Jamais il ne donne de fruit!
Venez!
Des boutiques cachées . . . Personne ne les trouve!
Oui! Venez!
Une tour sans escalier, une maison sans table, et les horaires des trains peints à la main . . .
Venez, maintenant! Nous partons!
Du riz rouge, une rivière noire . . .
Allons! Venez!
Un moine errant . . .
C’est là-bas!
Une tache blanche sur une joue brune . . .
Cela existe!
Un bracelet à la taille, et des pleurs au milieu d’un champ . . .
C’est là-bas! Cela existe!
Jamais le même conte . . .
Allons!
Une foire sur un lac . . .
Venez!
La pâte d’amande en deux couleurs . . .
Venez! Nous partons!
Un dormeur sous la pluie . . .
C’est là-bas!
Un mot plus long qu’une phrase . . .
C’est là-bas, et nous n’en savions rien!
Une veine sur un tronc, les salons de jardin . . .
Cela existe!
Les yeux vrais, les yeux verts . . .
Allons, venez!
La pierre qui brûle en parfum . . .
C’est là-bas!
Le parfum qui perle en rosée . . .
Venez! Cela existe!
Le rire dans l’effort, des statues dans un arbre . . .
Nous partons, maintenant!