Éditions

code EAN :
9782351220832


Parution : 08/03/2012
format 13x20
352 pages
22 euros
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Ronde séminole

Michel Hoëllard

Un Français rencontre à Paris une plantureuse femme noire américaine et se prend pour elle d’un violent désir. Celle-ci, Ninehanka Lokas, une black Indian séminole de Floride, l’emmène chez elle aux Everglades, lui fait connaître sa famille et découvrir ses marais, tout en lui narrant dans une langue aussi foisonnante que sa chair l’épopée de ses ancêtres, seule tribu invaincue des guerres indiennes. «On peut bien sauter regarde, tout un océan et redécouvrir ma Floride. Pareil on peut imaginer que la fusion a pas merdé, cherokees-nègres et toute la clique. T'aurais dans les quarante millions de métis.»
L’ébattement des corps s’invite souvent dans le récit, nous montrant que si l’amour peut être fusionnel, l’écriture peut l’être aussi. Et à chaque page ce livre nous le confirme, tant se marient intimement, dans l’invention verbale la plus maîtrisée, la démesure de «Nine» et celle de l’histoire de son peuple, ou encore les états d’âme méandreux de son compagnon et les entrelacs des paysages aquatiques qu’il découvre. Une telle empathie entre l’écriture et son objet nourrit le charme entêtant de cette «symphonie-western».

Michel Hoëllard vit et travaille à Paris. Il a publié un roman, Lunes noires, EPV, Nantes, en 2001, et un recueil de nouvelles, Inseguendo le lune, traduction en italien par Anna Berra, Effigie, Milan, en 2005. Polémique, il collabore parfois au blog Stalker, dissection du cadavre de la littérature.
 

Extrait :

Elle entame là sa légende, elle tient bien tout énumérer. Tu les trouves toi fous ses seins, passée chaque phrase, leur secousse. Un peu comme de ces tumulus qu’ils avaient bâtis sur les îles. T’aurais tété, t’aurais tout bu mais pas de suite: elle reprend.
Une poignée de Bretons d'abord qui retournés sur leur sillage aperçurent après eux dix, vingt puis cent pirogues castillanes venues de l'autre côté du Lac puant et puis marées, reflux, remous d'allers-retours si promptement, si brusquement dispersés à travers le moindre carré des Florides – oublie pas la Floride en géopolitruc, c’est qu’une réserve stratégique de pétrole implantée dans des souterrains quelque part: vingt millions de barils sur six cents millions dans le pays et au large, peut-être sèche, une off-shore qu'on explique nous d’après l'esprit frappeur: le Français un premier moment, l'Espagnol deux moments possibles, le Français de nouveau encore et l'Espagnol pour une plâtrée de décennies puis enfin, après ce petit monde, il s'est ensuite pointé l'Angliche, le vrai de victorieux pionnier définitif avec sa bite, sa Bible et son whisky dans une sacoche. Ceux-là, du Massachusetts, de Marlborough ou Glendalough, ils empoisonnèrent nos sources avec des pestes puis leurs pouffiasses les ont naturellement rejoints, marmailles gueulardes pierres et fils. Regroupés familiaux: y avait place!
C’était oui, je te le jure que c’était là un autre monde: mais il tenait d'avance au même! Et nous, cons, on pigeait pas ça.

C’est donc débuté la balade, elle fait le guide et toi tu suis.
Pas plus salaud que ses devanciers d'ailleurs, l'Anglais, tout juste expansif et pas mal porté sur sa Terre promise où dorer les moukères (oubliant juste que dans l'expression consacrée, c’est promise qui compte) rejoignant néanmoins le plan vibratile vers lequel le poussait son divin contrat et s'entourant de Nègres par millions cette fois, d'épaves.
Terre inexplorée d'après ce qu'il croyait et terre, l'alligator oui, la mascotte à lui faire dès le début des bottes étanches alors même que léopards et grenouilles avaient disparu depuis belle ou quasi, la peau du premier valant guère plus que les cuisses des secondes qu'eux, les Angliches, de toutes les façons, ils auraient pas bouffé l'or du monde! Et continuant ainsi de défolier, d'assainir, de pas décamper comme ses devanciers mais de retoucher le paysage, de sitôt planter des cahutes, des temples à psaumes ensuite puis des saloons et pas mal de baraques en dur pour abriter bonnes femmes, bestiaux et brochettes de chérubins.