Éditions

code EAN :
9782351221617


Parution : 09/02/2017
format 13x20
208 pages
15 euros
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Déshabiller nos solitudes

Rozenn Guilcher

Cette jeune femme qui ne peut cesser de dialoguer avec son bébé mort (Tu sais, un jour, j’ai eu deux cœurs)… Azura qui a perdu la moitié de son visage dans un attentat: elle vit depuis lors derrière un masque (Ce qui a été emporté ne reviendra pas)… Et puis la précarité affective de l’immigré toujours en marge des regards et des existences; l’incompréhension de l’aïeule qu’un fils aimé pousse vers la maison de retraite; l’attente et le désarroi de l’enfant dont la mère a quitté le foyer sans un mot… mais aussi, deux êtres qui entrevoient la plénitude amoureuse…
En lisière de conscience, là où les émotions naissent, le vacillement envoûtant de la voix de Rozenn Guilcher dénude mot à mot ces régions mentales si vulnérables où s’assemblent –ou bien se délitent– les liens qui nous unissent.
Se rejoignant autant par leur ton que par leurs thèmes, ces nouvelles impressionnistes rappellent combien nos vies sont incertaines et combien le «vivre ensemble» est à la fois prodigieux et fragile.

À la suite de ses études de Lettres, Rozenn Guilcher a été enseignante et médiatrice culturelle. Aujourd’hui écrivain et comédienne, elle anime aussi des ateliers d’écriture pour adultes et enfants. Après un roman et deux recueils de nouvelles, elle publie ici son quatrième titre aux éditions Sulliver. Certaines de ses nouvelles paraissent également en recueils collectifs. Plusieurs ont été primées.

Presse :

Une voix à la musique très particulière résonne en nous pendant notre lecture des nouvelles de Rozenn Guilcher, qui semble nous parler à l’oreille sur le mode de la confidence, avec douceur ou colère. Un monde alors surgit, peuplé d’animaux fragiles, de forêts et d’immensités marines. Un monde qui parle de l’absence, de l’abandon dans lequel se mélangent, se répondent des voix différentes qui sont autant d’échos, où le «je» n’est jamais le même. Les voix d’un enfant, d’une mère, d’un père ou d’une personne aimée alternent sans que soit indiqué le passage de l’une à l’autre. Le lecteur hésite, relit, puis se laisse porter.
Chris Bourgue - Zibeline

Les sujets traités par Rozenn sont complexes, délicats, sensibles, [...] son écriture à part, la musique qu’elle donne à entendre, fait que l’on a envie de soutenir cette écrivaine à l’écriture toute personnelle, qui tape dans le dur avec courage.
ToutMa

L’auteure, du bout de son stylo, trace des chemins et des trajets : tous humains. Elle cherche les mots, les empreintes de ce qui reste souvent au bord des lèvres. Histoire d’amour, de rupture, de brisure... [...] Surtout ne pas fracturer, mais murmurer l’indicible, ce qui se tait et déborde tout à la fois.
Zoé Tisset - La Cause Littéraire
 

Extrait :

On pourrait partir très loin, très longtemps.
On pourrait se mettre dans une voiture. On pourrait rouler. Rouler vite, non, tranquillement, on n’est pas pressée maintenant qu’on est partie, on a tout notre temps. On pourrait prendre le chemin sinueux qui descend entre les vignes, descend vers la ville. On pourrait tourner à droite. On pourrait partir très loin, très longtemps. On n’emmènerait rien, on partirait comme ça avec nos chaussures argentées et notre pull kaki. Une voiture, finalement, c’est comme une petite maison. On pourrait partir sans penser à rien, sans penser à personne. On pourrait rouler tout droit, toujours tout droit, ça ira bien quelque part. On pourrait s’arrêter de temps en temps pour regarder les arbres dans les yeux. On pourrait s’arrêter de temps en temps. On pourrait ne pas se souvenir de ce qui s’est passé. On pourrait oublier d’où l’on vient, partir très loin, très longtemps, partir très vite. Partir très lentement, on n’est pas pressée maintenant qu’on est partie, on a tout notre temps.

Maman, elle s’est absentée tout doucement, tout doucement. Elle a cru qu’on pouvait quitter sans laisser de traces. Elle a cru qu’il n’y aurait pas de vagues, que c’était finalement simple, si simple. Elle a cru qu’il suffisait de mettre ses chaussures, de prendre sa voiture, de rouler tout droit. Maman, elle a déclenché une vraie tempête. Une tempête de papa qui crie, qui casse les choses, les choses d’elle, qui pleure. Une tempête de papa qui brûle les choses, les choses d’elle, une fumée dans la cuisine, qui casse, casse au marteau, il dit que ça lui fait du bien.

Quand elle riait, c’était déjà sa façon de s’en aller. Une façon franche et brève. Une façon éclatante. Des dents, des yeux et une musique de corps. Et la main sur la gorge se protège d’un couteau, d’une serpe, de ce qui est toujours trop quand on s’éloigne. Quand elle riait quand elle s’en allait, nous aussi avec elle, on ne pouvait pas s’en empêcher. Nous sortions nos dents et nos yeux, nous pleurions notre petite musique penchée. S’en aller avec sa respiration, sa rougeur de joues, son eau salée. Partir déjà et revenir bientôt, très bientôt.