Éditions

code EAN :
9782351220573


Parution : 22/05/2009
format 13x20
336 pages
22 euros
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La seconde chance

Anne Vernet

Nous sommes en 2091. Après un cataclysme écologique et deux guerres révolutionnaires avortées, la mondialisation est enfin achevée, les règles clairement affichées: «Toute communauté se partage entre l'élite et la multitude. La première se compose des créateurs de richesses et gens éclairés, la seconde de la masse du peuple.»
Quand on sait que ce texte de Hamilton a effectivement servi… au XVIIIe siècle, à jeter les bases des États-Unis d'Amérique, on mesure combien le monde inventé par Anne Vernet plonge ses racines dans le nôtre, dont il constitue une satire éclairante.
Et quand on sait que ce monde de 2091, qui s'est brutalement effondré, est reconstitué à partir de fragments par un historien vivant en 2168, on peut imaginer dans quel tourbillon de l'espace-temps va nous entraîner la virtuosité de l'auteur, qui s'efforce de maintenir ouvertes les portes de l'espoir.

Née en 1953, Anne Vernet obtient un doctorat en Sciences du langage (Arts & Littérature) avant de poursuivre des études de psychanalyse. Metteur en scène, elle enseigne le théâtre pendant vingt ans et publie des articles (philosophie politique, histoire de l'art, dramaturgie). La Seconde Chance est son premier roman.

Presse :

Attention, chef d'œuvre!!! [...] Umberto Eco nous dit: si un roman ne nous apprend rien, à quoi bon le lire? C'est exactement dans ce sens qu'il est urgent de lire le premier roman d'Anne Vernet, qui, je l'espère, sera suivi de bien d'autres.
Sam Telam - Dazibaoueb

Les codes du genre de la science-fiction sont revus, réinventés, pour en faire un roman unique et toujours impressionnant.
Marc Meneguz – Bibliotheca

 

Extrait :

Si on ne plie pas devant ceux qui vous imposent leur utile clarté du monde, si l’on résiste, si l’on se tient debout – même seul et dans le pire des doutes –, quelque chose se passe: ce qui est perdu du monde, de ses pensées niées, rejets, mépris, déchets de l’arrogance, tout cela vient s’accrocher à vous. Vous alourdit, vous plombe. Vous dévore, mais vous nourrit. Ce qui en est perdu vient soutenir votre “être debout”, votre insensé. On croit devenir fou – ils ont peut-être raison. Puis un jour, ces rejets finissent par faire œuvre, on ne sait comment, ils font sens: et c’est à vous, alors, que le monde vient donner sa raison d’être.
Je m’appelle Plumber. Léonard Plumber.
Je n’ai qu’un nom: personne n’a connu mon père, pas même ma mère.
Je me suis évadé, le 15 septembre 2090, du centre de détention annexe à la base lunaire de haute sécurité de Blue Window.
J’ai été condamné à six ans de Travaux d’Intérêt Général sur cette base, le 4 avril 2087. Je n’avais rien commis de spécialement répréhensible, sinon que je fus déclaré asocial dangereux – et frappé du soupçon de clone.
Vous entendez dire que la main-d’oeuvre lunaire est essentiellement constituée par des clones. Cela ne vous dérange pas trop.
Je présente en effet les symptômes de l’état de clone : une dégénérescence générant un vieillissement prématuré. Il se manifeste par une incapacité progressive – au mouvement d’abord, puis à la parole et enfin à la pensée.
Longtemps j’ai porté ce fardeau de ma non-humanité.
Longtemps je me suis à moi-même interdit d’être un homme.
Les derniers tests effectués par le Centre médical confédéré Tjibaou-Kinou ne confirment pas l’état de clone. En revanche, ils ont mis en évidence que des manipulations génétiques ont été faites sur moi, dès mon plus jeune âge, à l’orphelinat, sous prétexte de thérapies géniques curatives et amélioratives.
On m’a stérilisé, on m’a modifié de manière à ce que mon esprit ne soit pas créatif mais mon corps, en revanche, endurant. La maladie du vieillissement m’a sans doute été inoculée plus tard, de manière à ce que les “signes révélateurs de clonage” provoquent le doute chez mes employeurs et ma mise à l’écart du marché du travail.
Le clonage humain est interdit. Vos dirigeants respectent cet interdit mais, en fait, font pire que le transgresser: ils répandent la rumeur de la transgression. Les effets de la rumeur sont bien plus terrifiants que la réalité avérée. Nul ne sait où il en est – de l’autre, et parfois, comme moi, de lui-même.
Mon esprit repose sur les sables mouvants du plus terrible doute qui soit: celui qui nie, en moi, ma propre humanité. Chaque mouvement de mon coeur, chaque sursaut de ma conscience est quotidiennement englouti, dissout et anéanti par ce doute. Je ne peux rien construire sur moi-même.
J’ai fini par m’accepter comme un fantôme.
Tout au plus, me dis-je, n’ai-je d’humain que l’impossible rêve.