Jamais, peut-être, la littérature engagée n’a été aussi nécessaire, tant sont considérables les forces d'un monde marchand qui s’emploie à museler la création authentique. Une littérature en lutte sur tous les fronts d'une société soumise aux diktats de la course au profit mortifère: littérature politique refusant la fatalité autoproclamée du système ultralibéral, et combattant racisme, colonialisme et néocolonialisme; littérature écologique face au saccage aveugle du vivant et à l'urgence vitale de l'action climatique; littérature militante en faveur de la cause féminine et des minorités ignorées ou bafouées; littérature alternative frappant aux portes du futur et tentant d'en réorienter le cours; littérature expérimentale, enfin, opposant aux stéréotypes de la langue étatique et mercantile l'audace et la liberté de la parole créative.
Cela ressemblait à un Moyen Âge de science-fiction, dans lequel des gueux vivant sous des tôles ondulées possèdent des téléphones portables et plusieurs ordinateurs; au-dessus de leur tête passent des fusées transportant sans risque les élites économico-politiques mondiales, une sorte d’oligarchie féodale où les apparences anciennes sont brouillées au point que la plupart n’y repère pas les nouvelles formes du servage, un Tiers-État dépourvu de bourgeois, un clergé polymorphe et une noblesse d’argent comme on parlait d’une noblesse de cour.
Louis Mandler, Dévoration
Les autres espèces ont disparu. Nous sommes les seuls organismes vivants sur la Terre. Il paraît que ça s'appelle l'évolution. Il paraît que l'homme est un être évolué. Il paraît que notre existence s'est considérablement améliorée grâce aux avancées technologiques il paraît. Il paraît que notre atmosphère est stérilisée notre quotidien rentabilisé notre avenir tracé. Il paraît que notre vie est idéale. Il paraît que c'est le bonheur.
Rozenn Guilcher, Futura
Ne m’appelez pas Humanité quand vous me partagez en deux indécentes moitiés, l’une mille fois plus prospère, l’autre mille fois plus peuplée;
Quand vous ne cessez de creuser le fossé entre l’infime part d’entre vous affiliée au principe de cupidité illimitée et l’immense majorité dédiée, les armes ou les outils à la main, à la défense et à l’accroissement des intérêts inaliénables des premiers.
Ne m’appelez pas Humanité, vous n’avez su sauvegarder de mon nom ni la qualité qui vous grandissait ni la communauté qui vous rassemblait!
André Bonmort, Midi sur l’abîme
Mais visiblement, en 2091, le suicide n’était toujours pas admis, sur Terre. Logique: l’exploitation exigeait des hommes qu’ils soient contraints à vivre. Qu’ils n’aient pas le choix. La religion y aidait. Cela seul pouvait rendre imposables des conditions de vie toutes aussi arbitraires. Sur Terre, le tabou du suicide avait, semble-t-il, bien mieux fonctionné que celui du meurtre.
La cruauté dans l’éthique.
Anne Vernet, La seconde chance
J'ouvre avec fracas les écluses de la grande parenthèse, ce qui importe c'est la décantation, le ciel est bleu le saucisson sec presque trop sec, les hauberts retentissent, la parade est faite de métissage, suivre alors la ligne médiane du temple, court-circuite punching-ball chamboule tout. Reconstitue le rébus à partir des bribes, découvre toi-même les correspondances symboliques, sache que chaque information se mérite…
FP Mény, Conquête du désastre