Éditions

code EAN :
9782351221693


Parution : 13/03/2018
Format 13x20
144 pages
12 euros

Version ebook :
5.99 euros
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La guérilla des poètes

André Bonmort

Quand faim ne s’écrit plus que malnutrition et misère paupérisation, quand travail s’écrit production, et amour relation, la poésie n’a plus droit de cité. «La pensée en ligne, l’information en boucle et les idées au carré sont les matériaux imposés pour la construction de la demeure intérieure.»
Puisque les jours leur sont interdits, les poètes investissent nos nuits, décapent de leur regard acéré le portrait retouché d’un monde reflété par un miroir médiatique trop complaisant. «Monde interminablement bafouillé, gangue de mots, mixture d’idées. Monde bafoué, où la justice elle-même ne parvient plus à se justifier. Monde louche à vous en aveugler.»
Et dans nos subconscients, dans nos rêves, sous la chape qui voulait les juguler, la révolte se répand sous le souffle de la parole revivifiée. «Dans la maîtrise retrouvée de nos multiples paumes la revigorante fraîcheur des multiples clés s’offrant à débarricader la poésie qu’ils avaient encadenassée!»

Nouvelle édition.

André Bonmort est également l'auteur de L’Âge de cendre, Insurrection du verbe être, Appel au possible, La Citadelle Espérance et Ils ont tué l'albatros, parus dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver, au sein desquelles il s'attache également, en tant qu'éditeur, à donner la parole à la langue insoumise.

 

Presse :

Je ne pensais pas qu’un tel livre global puisse s’écrire à notre triste époque. Encore moins qu’il soit publié. […] mais la collection Littératures actuelles (Editions Sulliver) est sans nul doute la seule où ce texte fulgurant ait pu paraître. Juste et féroce diatribe, oraison jaculatoire, arme de guerre en même temps que rêve de paix, plainte douloureuse mais lucide et digne, La Guérilla des poètes n’appartient à aucun genre connu. Je veux dire: répertorié. C’est précisément du poème qu’elle se rapproche le plus. Encore conviendrait-il de donner de ce terme une définition satisfaisante qui n’ait rien à voir avec celle des manuels scolaires, des universités officielles ou de la critique encartée.
Jacques Lovichi - La Marseillaise

C'est un cri de sainte et saine colère [...]. Sous nos yeux ébahis, André Bonmort invente le pamphlet poétique.
Jean Ammann - La Liberté

La guérilla des poètes est un véritable pamphlet poétique dans lequel la ponctuation disparaît souvent. Avec colère, André Bonmort dénonce les méfaits du monde actuel: déshumanisation, pollution généralisée, menaces du nucléaire civil et militaire. Rendant hommage à Aimé Césaire et à Léopold Sédar Senghor, il fait le procès de la domination des pays du Nord sur ceux du Sud.
Felip Equy - Cahier Critique de Poésie

 

Extrait :

Ah! S’il suffisait de s’indigner pour ne plus être indigne! Nous autres, grands imprécateurs devant l’éternel, nous serions sauvés!
Nous serions des oiseaux! Notre innocence enfin révélée, voletant tels colibris dans les buissons d’hibiscus de la folie douce.
Nous avons dénoncé la guerre, toutes les guerres! Le sac de Rome, la destruction de Carthage. Toutes les barbaries. Tous les militaires. Gens de peu de pensées, dont les mots sont des ordres, des bruits! Du vent mauvais, qui s’emporte.
Nous autres poètes sommes pacifiques. Tolérants. Mais attention! Ni Dieu ni maître. Pas de joug! La voie radieuse, portes ouvertes!
Nous n’avons, à bien réfléchir, que deux ennemis mortels: le progrès et la nature humaine.
Un monstre bavant à deux gueules, puisque l’homme est le fruit de l’évolution et le progrès une boulimie pathologique de la fille de Darwin.
Nous devons contenir ce flot de salive déferlant, dussions-nous faire une digue de nos corps pantelants!
Erreur et rectification: les organismes musclés des militaires, les peaux tannées des anciennes colonies, les gestes cauteleux des commerçants, les postures assurées des techniciens feront bien mieux l’affaire.
Les voies d’eau qui pourraient subsister seront obstruées par des chômeurs malléables. De place en place, afin de consolider l’ouvrage, nous planterons les pieux de vieillards décharnés.
Délivrés des contraintes sans issues, nos esprits pourront donner leur pleine mesure. Organiser la régression.
Nous la nommerons repli. Ou plutôt reflux. Jusqu’à la ligne d’anti-front, quelque part du côté de Bon-Sauvage. Pour un nouveau départ, sans préjugés, sans théories. Rousseau lui-même, il faudra l’éliminer, afin que le sauvage ne finisse par apprendre qu’il l’était.
Nous tuerons les regrets. Sans remords, nous attaquant à leurs sources.
Actes et conscience génèrent les regrets. Notre humanité agira peu. Nous autres, sa morale et sa lucidité, serons amenés à programmer notre disparition aux abords de la ligne d’anti-front. Exit l’hypertrophie de l’intelligence!
Pensée zéro. Les catégories ordinaires seront depuis longtemps déconnectées. Les vieux définitivement des piquets, les commerçants des caramels. Les techniciens des frotteurs de pierres, les militaires des statues. Tous les autres, chômeurs et SDF. Mais jamais plus colonisés!
Pas un seul Cristóbal Colón, sur l’immensité, l’Amérique n’a jamais existé. Gorée est une île vierge au large du continent Idéal, le monde est une Caraïbe inviolée…

petit nuage
roman-poème ◦ Aimé Césaire ◦ Arthur Rimbaud ◦ pamphlet poétique ◦ Antonin Artaud ◦ poésie active ◦ littérature engagée ◦ fiction pensante ◦ manifeste poétique